25 août 1944 : Exécution d’otages à Saint-Maurice-la-Clouère

En août 1944, les colonnes allemandes confrontées à l’impossibilité de remonter vers Tours par l’axe traditionnel de la RN 10, du fait de l’avancée des troupes anglo-américaines, se replient vers l’est du département de la Vienne. Elles utilisent les routes secondaires pour échapper aux attaques de l’aviation alliée et au harcèlement constant des maquis.

M. Pierre Bonvalet, fils de Ludovic Bonvalet, chef du maquis Anatole, devant la stèle dressée dans le parc de La Laudonnière, cl. Bernard Guyot.

Saint-Maurice-la-Clouère, près de Gençay, se trouve ainsi sur l’un de ces itinéraires jusqu’au pont de Lussac-les-Châteaux sur la Vienne.

Le 25 août 1944, en fin d’après-midi, un groupe du maquis Joël tend une embuscade peu avant l’entrée du bourg de Saint-Maurice, au lieudit Le Bois de la Dultière. Au début du combat, le sergent-chef FFI Jean Pépin qui commande le groupe, est légèrement atteint à la tête. En se repliant, il est tué d’une balle dans la tête. Un cultivateur, Alexandre Valade, est abattu dans le champ où il gardait son troupeau.

Dès leur entrée dans le bourg, les Allemands arrêtent plusieurs habitants qui sont pris en otage. Eugène Thouvenin, cultivateur au lieudit Le Rémigeoux, rentrait de battages quand il est empoigné au seuil de sa maison. Maxime Debelle, également cultivateur au Rémigeoux, est arrêté dans son champ et les soldats allemands mettent le feu à un hangar où se trouvait la récolte de blé. Son frère Louis Debelle court chercher les pompiers de Gençay, mais sur le chemin, il est à son tour appréhendé. Louis Valade et Alexandre Aldebert, facteurs des Postes à Gençay, sont arrêtés pendant qu’ils effectuent leur tournée. Il y a aussi 3 réfugiés. Robert Semal, âgé de 14 ans, venant de Paris, apprenti berger dans la ferme des frères Debelle a été pris en même temps que son patron Maxime. Robert de Metz, de nationalité belge, cultivateur à Anché, circulait en voiture avec son frère quand ils sont arrêtés et emmenés à Saint-Maurice. Le frère est fusillé en route et Robert est retenu en otage. Alfred Merliot, ingénieur-électricien, évacué de Moselle en septembre 1939, avait mis sa famille en sécurité dans une ferme des environs, sauf son beau-père qui, malade, n’avait pu être transporté. En tentant de regagner le bourg pour le soigner, il est arrêté au moment où il rentrait chez lui. Les 8 otages sont conduits dans le parc voisin de La Laudonnière. Alfred Merliot qui parle allemand, tente de plaider sa cause et celle de ses malheureux compagnons, sans succès. Tous sont abattus en fin de nuit. Robert de Metz survit quelques heures. Grièvement blessé, il réussit à se sauver en rampant. Recueilli par le vétérinaire de Saint-Maurice, il meurt quelques heures plus tard. 

Une stèle est dressée en 1946 dans la clairière du parc de La Laudonnière sur le lieu d’exécution des otages.

Document : M. Pierre Bonvalet, fils de Ludovic Bonvalet, chef du maquis Anatole, devant la stèle dressée dans le parc de La Laudonnière, cl. Bernard Guyot.

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne