28 août 1944 : Les fusillés de Bondilly Saint-Cyr
Le 25 août 1944, quatre gros chênes sont abattus par explosifs en travers de la route qui traverse le hameau de Bondilly (com. de Beaumont Saint-Cyr) vers Bonneuil-Matours, semble-t-il, par un groupe de parachutistes SAS. Selon les témoins, outre qu’ils portaient des uniformes britanniques, la mise en œuvre de puissants explosifs nécessitait un matériel et un professionnalisme dont les maquisards étaient dépourvus.
Dans la nuit du 28 août, une colonne hippomobile et cycliste de soldats allemands en retraite, se heurte au barrage. Roger Moine et ses trois fils, Jean, Roger et Claude, habitant la ferme voisine, ainsi que Désiré Berger, leur ouvrier agricole, sont réveillés pour dégager les arbres. C’est alors que Michel Dubois, également cultivateur à Bondilly, beau-frère de Roger Moine, sort d’une tranchée creusée par lui en zig-zag, comme sur le front en 1914-1918, pour se protéger des bombardements avec sa famille. Il se dirige vers les Allemands pour parlementer, mais ces derniers, malgré une pleine lune éclairante, l’abattent en criant : « Halt Terroristen ».
Les soldats pensent à une attaque des maquisards. Ils fusillent sur place les trois fils Moine. Roger père et Désiré Berger sont ramenés chez eux. Roger Moine est exécuté au coin de sa maison ; Désiré Berger est abattu en tentant de fuir dans un chemin voisin. La folie meurtrière est à son comble chez les Allemands. Les femmes de la ferme craignent aussi d’être fusillées, l’arrivée d’officiers les sauve de la mort. La colonne poursuit ensuite sa route en direction du pont de Bonneuil-Matours. Au matin, les habitants du hameau découvrent les corps des victimes qui sont inhumés, le jeudi 31 août, dans le cimetière de Saint-Cyr.
Ce massacre de civils innocents exaspère les haines. Trois jours plus tard, trois Helferinnen (auxiliaires féminines de la Luftwaffe, appelées par les Français « souris grises », en référence à la couleur vert de gris de l’uniforme allemand) sont fusillées par des maquisards dans le cimetière de Saint-Cyr, devant les six tombes encore fraîches. Trois hommes amenés du café voisin dont M. Maligne, le maire et des membres du conseil municipal sont réquisitionnés pour être témoins de la « vengeance patriotique ». Ces trois femmes avaient été capturées par le 3e French SAS, le 13 août 1944, et confiées au maquis Baptiste. Gisèle Chevalier, fille de M. Maligne, témoigne « Longtemps, mon père avait gardé çà pour lui. Avant sa mort, il a commencé à raconter ces souvenirs qui le hantaient. Il se souvenait que les femmes parlaient peu ou pas français, qu’elles pleuraient et suppliaient qu’on les épargne, en vain ! ». Il ajoutait : « Jamais plus on ne m’amènera devant une horreur pareille ».
e texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne