24 août 1944 : Sept maquisards fusillés à Ingrandes

Le 24 août 1944, des éléments SS s’engagent dans une opération de représailles contre les maquis qui harcèlent les convois sur la route nationale 10.

Six hommes du groupe CRAM présentant les armes, sur le rouge du drapeau la mention des combats à Belâbre, Siouvre et Ingrandes, Arch. dép. de la Vienne

Vers 8 heures, les Allemands prennent la population d’Ingrandes-sur-Vienne en otage et ratissent le secteur. À deux km du bourg, dans le hameau de Varennes, ils dénichent une trentaine de maquisards du groupe FTPF Cram de Montmorillon (Cram étant l’anagramme du prénom de son chef Marc Farineau), qui sont venus en renfort. Beaucoup s’échappent, mais huit sont capturés et emmenés à Ingrandes où ils sont interrogés. Parmi les prisonniers se trouvent deux Mosellans. L’un d’entre eux, parlant sans doute allemand, a la vie sauve, en donnant des informations sur le groupe Cram. Les sept autres sont condamnés à être fusillés par une cour martiale constituée sur place. Le maire, Edmond Clérandeau, qui a été appelé pour entendre la sentence, tente de fléchir les deux officiers, mais c’est en vain.

 Vers 17 heures, les sept maquisards, mis torse nu, sont conduits au bas du champ de foire, sur les bords de la Vienne. Le maire est contraint d’assister à l’exécution. Il demande à l’interprète féminine d’insister auprès de l’officier pour obtenir la grâce des condamnés, mais celle-ci refuse d’intervenir sous prétexte qu’ils n’étaient que des « terroristes ». L’abbé Joseph Coindre, curé du village, raconte que deux infirmières allemandes ont tenu à être présentes, mais il n’y avait chez elles ni émotion, ni pitié. Au contraire, elles n’ont cessé de « rigoler ».

Les corps des fusillés sont jetés dans une fosse creusée sur place par les bourreaux et laissés sous vingt cm de terre. Devant ce drame, les habitants du bourg accourent, mais il leur est impossible d’approcher. Les Allemands tirent des coups de feu de tous côtés et le groupe se disperse. L’officier menace alors le maire de le passer par les armes, avec un grand nombre de ses administrés, si la population manifestait le moindre geste hostile. Traumatisé par tous ces événements, le maire tombe en syncope et il doit être emporté. À la tombée du jour, un groupe d’hommes du bourg ouvre la fosse commune ; les corps sont mis dans des cercueils, puis inhumés dignement dans le cimetière. Par la suite, les cercueils sont remis aux familles pour être acheminés dans des cimetières du Montmorillonnais d’où étaient originaires les maquisards. Le 4 novembre 1945, un monument commémoratif est inauguré à l’emplacement du drame. Il représente un cep dont les rameaux adossés à une croix portent les victimes. « Ce cep, écrit l’abbé Coindre, est la Résistance qui avec une vigueur instinctive et quasi-végétale a jailli de la terre même de France et du plus profond de son peuple ».

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne