12 juin 1944 : Le bombardement de Poitiers
Dans la soirée du 12 juin 1944, 919 bombardiers lourds et 55 chasseurs-bonbardiers (Mosquito) de la RAF (Royal Air Force) décollent d’un terrain d’aviation en Angleterre pour former deux grandes vagues. L’une se dirige vers l’Allemagne, la seconde se divise pour bombarder des moyens de communication, essentiellement des gares, à Cambrai, Arras, Amiens, Caen et Poitiers.
La gare de Poitiers est en effet un nœud ferroviaire important sur l’axe principal Paris-Bordeaux où sont raccordées des lignes secondaires vers Nantes, Châteauroux et Limoges. En outre, les Britanniques sont informés que, le 12 juin, cette gare connaîtra une activité considérable et que, dans la nuit, beaucoup de soldats allemands dormiront dans des wagons sur les voies de garage.
Lorsque les sirènes déclenchent l’alerte, à 1 h 30, les Mosquito sont déjà au-dessus de la ville, lâchant des fusées qui éclairent un ciel dégagé en fin de pleine lune. Les Poitevins, brutalement tirés de leur sommeil, quittent aussitôt leurs maisons pour gagner les abris qui leur sont impartis, d’autres fuient vers la campagne. Pendant ce temps, les brigades de défense passive, les pompiers, la police et les gendarmes sont prêts à entrer en action. Toutes les caves dites « solides », du centre-ville, servent d’abri. Des tranchées en zigzag ont également été creusées un peu partout et aménagées en abris, notamment sous la place d’Armes (aujourd’hui place du Maréchal-Leclerc).
Le bombardement dure un peu moins de 30 minutes, sur un vaste quadrilatère englobant toute la vallée de la Boivre occupée par la gare des voyageurs, la gare des marchandises et les ateliers d’entretien du matériel. Chacun des 112 bombardiers composant le groupe d’attaque effectue sa visée et largue sa cargaison mortelle. En deux vagues, ce sont 1800 bombes pour un total de 500 tonnes qui sont tombées sur Poitiers.
Le nombre des immeubles détruits en totalité est évalué à 480 et celui des maisons ayant subi d’importants dégâts à 2 270. Les boulevards Solférino et du Grand-Cerf, l’avenue de Nantes et les rues adjacentes, les escaliers de la Gare, conduisant au centre-ville sont détruits. Aucun monument public ou historique n’est touché, mais des bâtiments, ici ou là, sont en ruine : l’Hôtel du Palais où siège la Feldkommandantur, en haut de la rue Boncenne, le cinéma Majestic, réquisitionné pour les Allemands, rue Jacques-de-Grailly, une maison en haut de la rue du Moulin-à-Vent et le temple protestant, rue des Écossais. Une bombe tombe rue Gambetta, au carrefour de la rue Bourbeau.
Le bilan officiel des victimes, estimé une semaine plus tard, fait état de 173 morts et 239 blessés. En réalité, il n’a jamais été établi avec précision, car il faut tenir compte de la précarité de l’époque, des clandestins, des gens de passage et des personnes qui ont péri carbonisées dans les flammes. Les victimes allemandes n’ont pas été non plus comptabilisées.
Sources : Christian Richard, 1939-1945 La guerre aérienne dans la Vienne, La Crèche (79), Geste-Éditions, 2009.
Jean-Marie Augustin et Gérard Simmat, Poitiers occupé, Poitiers bombardé, La Crèche (79), Geste-Éditions, 2013.
Documents : L’Hôtel du Palais avant le bombardement du 12 au 13 juin 1944, Arch. dép. de la Vienne.
L’Hôtel du Palais en ruine après le bombardement, Arch. dép. de la Vienne.
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne
