25 août 1944 : Le massacre de Maillé
Maillé (Indre-et-Loire), à 6 km de la limite avec le département de la Vienne, est situé sur deux axes de communication importants, la RN 10 et la voie ferrée Paris-Bordeaux.
Le 24 août 1944, deux véhicules allemands sont pris à partie par les maquisards qui font un mort et un blessé. Couplée à plusieurs sabotages ayant eu lieu les jours précédents, cette attaque va être l’un des éléments déclencheurs de la tragédie. Au cours de la nuit, le sous-lieutenant Gustav Schlüter, responsable du poste allemand de Sainte-Maure, avertit le lieutenant-colonel Stenger, chef de la Feldkommandantur de Tours, et reçoit l’ordre d’exercer des représailles.
Le lendemain matin, des militaires de la Wehrmacht encerclent le bourg et repoussent toute personne cherchant à en sortir ou à y entrer. Dans le même temps, d’autres troupes, sans doute un bataillon SS venu de Châtellerault, pénètrent dans Maillé. Prenant les rues en enfilade, les Allemands massacrent toutes les personnes qu’ils aperçoivent. Maison après maison, ils tuent hommes, femmes, enfants, et mettent le feu ; même les animaux sont abattus. En fin de matinée, les soldats quittent le village. Seules quelques sentinelles continuent d’interdire l’accès au bourg. En début d’après-midi, une pièce d’artillerie, installée le matin sur une colline surplombant le village, commence alors à tirer ; le bombardement dure une heure et demi et parachève la destruction de Maillé.
Il faut attendre le lendemain matin pour que les premiers secours aient l’autorisation de pénétrer dans le village. Ils évacuent les blessés vers les hôpitaux les plus proches, éteignent les incendies et rassemblent les corps des victimes. Un quart des habitants, soit 124 sur 500, a été tué ou a péri dans les incendies : 35 hommes, 41 femmes et 48 enfants de moins de 14 ans. La victime la plus jeune est âgée d’à peine trois mois, la plus vieille de 89 ans.
La tuerie de Maillé est le deuxième plus important massacre de population civile commis par les Allemands sur le sol français pendant la Seconde Guerre mondiale. Le « village martyr » n’a pas connu la notoriété du massacre d’Oradour-sur-Glane ; en cause notamment la simultanéité de la Libération de Paris, le 25 août 1944. Pendant un demi-siècle, le silence s’est installé à propos du drame jusqu’à ce qu’une enquête menée par le procureur allemand Ulrich Maass, en 2005, contribue à le sortir de l’oubli – les crimes de guerre étant imprescriptibles outre-Rhin. Les noms des responsables ont été ainsi en partie révélés. Gustav Schlüter a été condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de Bordeaux en 1952, mais il n’a jamais été retrouvé ; il est mort à son domicile en 1965 sans avoir été inquiété.
Document : Le village de Maillé avant sa destruction, Cl. A. Ploquin, Arch. dép. de l’Indre-et-Loire
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne