20 août 1944 : des otages à Monts-sur-Guesnes
Le matin du 19 août 1944, cinq soldats allemands viennent en gare de Monts-sur-Guesnes pour contrôler un stock de céréales dans le silo de la gare, puis ils vont déjeuner à l’auberge du Cheval Blanc.
Jean Lourdault qui deviendra le chef des « Indépendants », décide avec quelques hommes de tendre une embuscade à la sortie du bourg pour capturer les soldats sur le chemin de retour vers la gare. Manque de coordination, une section du maquis de Scévolles, commandée par René Faulcon, vient alors encercler l’auberge par surprise. Le coup, mal organisé, rate, d’autant qu’une troupe allemande, passant par-là, entre dans la bataille. Échange de coups de feu. Trois Allemands sont tués dont Johann Klindworth, bien connu des Montois sous le sobriquet de « général Patate ». Un maquisard est également tué ; René Schaak grièvement blessé, décède à l’hôpital de Loudun. Le groupe se replie dans la forêt.
Le lendemain matin qui est un dimanche, deux camions de SS arrivent à Monts-sur-Guesnes, au sortir de la grand-messe, pour exercer des représailles ; vingt-cinq otages sont pris et enfermés dans une salle du Cheval Blanc. La circulation est interdite, chacun doit rester chez soi. Les perquisitions domiciliaires commencent. Quiconque se trouve dans la rue et ne s’arrête pas aux sommations essuie des coups de feu. Un ex-otage, Armand Angilbert, âgé de vingt-et-un ans en 1944, se souvient. Il avait l’habitude de venir à bicyclette, avec d’autres garçons et filles de La Roche-Rigault, danser à l’auberge au son de la musique d’un phono, un dimanche sur deux, bien que les bals aient été interdits par Vichy. Les jeunes gens sont arrivés en ignorant les opérations en cours. Rassemblés dos au mur dans la salle du restaurant, ils sont surveillés par deux gardes armés.
Paul Raud, maire de la commune, est introuvable. Spontanément, vers 14 h 30, le curé-doyen Georges Léger vient trouver le commandant du détachement et lui aurait dit : « Ne cherchez pas d’otages, je suis votre otage ». Il lui demande ensuite que les personnes enfermées à l’auberge soient relâchées, en affirmant avec vigueur qu’il n’y a pas de maquisards à Monts-sur-Guesnes et que ce n’était pas des gens du pays qui avaient tué les Allemands la veille. Impressionné par cette ferme assurance, le commandant décide de cesser les opérations de représailles qui ont été engagées ; tous ceux qui avaient été enfermés sont libérés. Angilbert et ses camarades s’empressent de quitter le bourg sans demander leur reste.
Le 23 août, deux camions appartenant à une colonne allemande se détachent du convoi pour rechercher un atelier de réparations. Ils se présentent chez Paul Raud qui est aussi garagiste. Des maquisards sont prévenus et se rendent sur les lieux. Trois Allemands sont tués et deux sont faits prisonniers. Les camions réparés et leurs contenus sont immédiatement conduits au PC du maquis de Scévolles.
Document photographique : Soldats allemands devant le restaurant du Cheval Blanc à Monts-sur-Guesnes, coll. Bruno Belin.
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne