15 août 1944 : Massacre et incendie au château de La Roche de Bran

Le 14 août 1944, alors que la libération de Poitiers semble proche, le groupe du maquis FTPF Anatole, commandé par le lieutenant Choffat (« La Panthère »), arrive en avant-garde sur la commune de Montamisé.

Le château de La Roche de Bran avant sa destruction, cl. Jules Robuchon, Arch. dép. de la Vienne

Le lieutenant demande l’hébergement pour ses hommes, durant la nuit, à Élisabeth de La Grandière, propriétaire du château de La Roche de Bran. Sans hésiter, la châtelaine met ses communs à leur disposition, avec l’assurance qu’ils ne courent aucun danger. Choffat est confiant, la nuit sera calme et il fait venir Andrée, sa femme, au château.

Cependant, un milicien local, témoin de l’installation, a prévenu les autorités allemandes qui font appel à une unité de la Kriegsmarine cantonnée aux carrières des Lourdines (com. de Migné-Auxances). Commandés par l’Oberleutnant Karl Vorländer, 70 soldats attaquent le poste avancé qui assure la protection du maquis. Un maquisard est mortellement blessé. 6 autres : Mathieu Babulack, Joseph Boudelier, Jean Cailler, Marcel Clercy, Fernand Duclaud et Pierre Fleury, sont faits prisonniers. Ils sont emmenés aux carrières des Lourdines, interrogés, torturés et fusillés. Leurs corps seront retrouvés à Migné dans une fosse creusée au milieu d’un champ de carottes, le 13 mai 1945. Mme de La Glandière s’est réfugiée dans les sous-sols du château, avec sa fille Isabelle de Murard, née d’un précédent mariage, la cuisinière et Andrée Choffat.

Le lendemain 15 août, à 7 h, l’unité de la Kriegsmarine revient au château dans un état d’énervement indescriptible : « Ouvrez ! Ou vous serez tous fusillés ! » hurle l’Oberleutnant, tirant dans toutes les directions. La fouille des pièces tourne au pillage. Mme de la Grandière, sa fille, son fils Geoffroy de Murard qui est arrivé à l’improviste, et Andrée Choffat sont arrêtés. En représailles, les communs du château sont incendiés ; tout brûle, récoltes et matériel compris. Les prisonniers sont conduits aux carrières des Lourdines, puis à la prison de la Pierre-Levée, à Poitiers, pour être interrogés. Andrée Choffat, confrontée à deux maquisards internés, s’effondre. Déportée, elle décède au camp de Ravensbruck en janvier 1945. Élisabeth de la Grandière et ses deux enfants sont relâchés. La joie de la liberté retrouvée est rapidement ternie par le spectacle qui les attend à leur retour à La Roche de Bran. Du château, il ne reste que des cendres. Le 17 août, une unité allemande de retour des combats (vraisemblablement la même unité de la Kriegsmarine) l’a incendié, ensevelissant souvenirs et objets d’art accumulés depuis des générations. Louis Albert, envoyé en reconnaissance par le maquis Anatole, a été capturé, puis fusillé dans un boqueteau proche du château. Son corps n’a été retrouvé que 8 mois et demi plus tard.

Grâce à une souscription publique, un monument portant les noms des maquisards fusillés et d’Andrée Choffat, morte en déportation, est inauguré le 8 août 1948.

Sources :

Anne DELINEAU et Jean-François LANDIER, « La Roche de Bran 15 août 1944 » (en ligne sur internet).

Michel THÉBAULT, « Migné-Auxances (Vienne), Carrières des Lourdines, 15-18 août 1944 », Le Maitron Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier Mouvement social (en ligne sur internet)

Document photographique : Le château de La Roche de Bran avant sa destruction, cl. Jules Robuchon, Arch. dép. de la Vienne

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne