6 juin 1944 : l’arrivée de Jean Schuhler, commissaire de la République, à Poitiers

L’ordonnance du 10 janvier 1944, décidée à Alger par le Comité Français de Libération nationale (CFLN) présidé par le général de Gaulle, mais restée secrète, porte division du territoire de la métropole en commissariats régionaux de la République, dont les contours épousent les 18 régions définies par Vichy. À leur tête, des commissaires de la République reçoivent la mission de faire respecter l’autorité de la France libre. Pour ce faire, ils multiplient, sur place, les contacts avec les réseaux de Résistance et les maquis, en vue de prévoir les mesures à prendre au moment de la Libération.

Dans la région de Poitiers, comprenant la Charente, la Charente-Maritime, les Deux-Sèvres, la Vendée et la Vienne, le commissaire qui est nommé est Jean Schuhler. Cet avocat au barreau de Paris fut attaché au cabinet de Camille Chautemps, président du Conseil et successeur de Léon Blum comme chef du gouvernement de Front Populaire. À la déclaration de guerre, en 1939, Jean Schuhler est mobilisé dans la marine et affecté, sur le croiseur Duquesne, à l’état-major de la Force X en Méditerranée orientale. Il y sert sous les ordres du lieutenant Honoré d’Estienne d’Orves (fusillé, le 29 août 1941). Après un périple d’Alexandrie à Beyrouth pour revenir en Égypte, il rentre en France et retrouve son cabinet d’avocat à Paris. En 1941, il rejoint le réseau de Résistance OCM (Organisation Civile et Militaire) où il est recruté par son confrère Jacques Rebeyrol. Après l’arrestation de ce dernier, un autre avocat parisien, Émile Laffon, membre d’OCM et attaché au commissariat à l’Intérieur, lui fait savoir son affectation à l’organisation civile par le gouvernement d’Alger, avec pour mission de se rendre immédiatement dans la région de Poitiers.

Jean Schuhler prend le pseudonyme de Jean Fasquelle et rejoint son poste à bicyclette de Paris à Poitiers où il arrive le 6 juin 1944, le jour même du débarquement allié en Normandie. Il est accueilli dans la cité poitevine par Daniel Villey, professeur d’économie politique à la Faculté de droit et par Péricat, fondé de pouvoir à la Trésorerie Générale. Nanti de papiers qui font de lui un inspecteur du travail, il loge chez Mme Florentin, 4 place de la Liberté.

À l’initiative du Conseil National de la Résistance (CNR), s’étaient constitués dans chaque département des comités clandestins de Libération (CDL) dont la fonction avait été officialisée par l’ordonnance du 21 avril 1944. Celui de la Vienne était présidé par Joseph Garnier, directeur de l’Hôtel-Dieu. Jean Schuhler, prend aussitôt contact avec lui et les premières réunions se tiennent au garage Saint-Christophe, chez Michel Zlatiev, avenue de Bordeaux (aujourd’hui avenue de la Libération). Jeune et sportif, le commissaire de la République parcourt ensuite à vélo, les cinq départements de la région de Poitiers, à la rencontre de la Résistance. Presque chaque jour, cent kilomètres au moins, jalonnés de barrages allemands qui le forcent à s’arrêter, à montrer des papiers, vrais et faux, et à déjouer les uniformes.

Document : Jean Schuhler, commissaire de la République pour la région de Poitiers, Arch. dép. de la Vienne.

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne