4 juillet 1944 : Les derniers fusillés à la Butte de Biard

Depuis la fin du XIXe siècle, le « champ de tir » entre Biard et Quinçay, sert de terrain d’exercice pour les régiments en garnison dans la ville de Poitiers. En juin 1940, les Allemands le réquisitionne, comme il le font pour tous les sites militaires de l’armée française en zone occupée. À partir du 7 mars 1942, ils vont faire d’un monticule couvert de genêts, accessible par un chemin étroit et loin de toute habitation, un lieu d’exécution par fusillade pour les condamnés à mort par le Tribunal militaire de la Feldkommandantur 677 de Poitiers et des otages.

Les gerbes de fleurs déposées à la Butte de Biard (Toussaint 1944), Arch. dép. de la Vienne.

Les 3 premiers fusillés, le 7 mars 1942, sont des otages. Le 1er mars, une sentinelle allemande a été abattue, rue de Tanger, à Paris. En représailles, le commandant du Gross Paris a ordonné l’exécution de 40 otages dont 3 sont pris au camp d’internement de Rouillé : Gaston Huart, Roger Jurquet et Roland Martin, membres du Parti communiste clandestin.

En tout 128 patriotes, en majorité des communistes, sont tombés sous des balles allemandes à la Butte de Biard. Pour 125 victimes dont on connaît l’origine, 31 étaient de la Vienne, 28 de la Charente, 18 de la Charente Maritime, 18 des Deux-Sèvres, 2 de la Haute-Vienne, 17 de la région parisienne et 5 de départements variés, depuis le Nord jusqu’aux Landes. Les âges vont de 18 à 60 ans, mais les jeunes dominent : 40 de 18 à 20 ans, 33 de 20 à 25 ans, 18 de 25 à 30 ans, 27 de 30 à 40 ans, 12 de 40 à 60 ans. L’un de ces jeunes est Nerone Fontanot, délégué pour la Vienne de la direction nationale FTPF. Il est arrêté à Orléans, le 26 juillet 1943, condamné à mort par le Tribunal allemand de Poitiers et fusillé à la Butte de Biard le 27 septembre. Son frère, Jacques, membre du maquis de Saint-Sauvant, est exécuté à Vaugeton (commune de Celle-Levescault), le 27 mai 1944. Leur cousin Spartaco est fusillé au Mont-Valérien, le 21 février 1944, avec ses 22 camarades du groupe Manouchian.

Les derniers fusillés, le 4 juillet 1944, sont au nombre de 17. Parmi eux se trouve Jacques Jabouille, chef d’un groupe FTPF dans le Marais poitevin et 7 de ses membres, qui ont été arrêtés par des policiers de la SAP (Section des Affaires Politiques) de Poitiers et des miliciens. Autre fusillé, Roger Pénacèque a été inspecteur au camp d’internement de Rouillé. Ayant quitté ses fonctions après la libération du camp, dans la nuit du 10 au 11 juin 1944, il a rallié le maquis de Saint-Sauvant. Il est arrêté avec Jacques Poirrier à Coussay-les-Bois. Tous deux sont condamnés à mort par le Tribunal allemand de Poitiers et exécutés à la Butte de Biard.

De la prison de La Pierre-Levée, les condamnés étaient conduits en camions jusqu’au lieu de leur supplice. Sur leur passage, des témoins en ont entendu un certain nombre qui chantaient La Marseillaise. Après chaque exécution, les inhumations ont eu lieu dans des cimetières autour de Poitiers. La Butte a été rasée en 1948 en raison de la proximité avec l’aéroport de Biard, et un monument y a été érigé l’année suivante.

Jean-Marie Augustin

Document : Les gerbes de fleurs déposées à la Butte de Biard (Toussaint 1944), Arch. dép. de la Vienne.

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne