27 août 1944 : Des otages sauvés par l’abbé Brand à La Roche-Posay

Le dimanche 27 août 1944, sur la route de Pleumartin à La Roche-Posay, des accrochages mettent aux prises un maquis local et des troupes allemandes.

L’Hôtel du Parc à La Roche-Posay, coll. part.

Le soir, agressif et excité à la suite des pertes humaines, un détachement fait irruption dans la ville thermale. Les rues sont désertes et le maquis a entrepris de faire sauter le pont sur la Creuse, ce qui empêcherait tout espoir de retraite vers Châteauroux. Les soldats entrent dans les maisons et prennent des otages. À l’Hôtel du Parc, ils ont la surprise de voir des uniformes. Ce sont ceux des élèves de l’École militaire Hériot qui, évacuée à La Roche-Posay, accueille des orphelins de guerre et des enfants de troupe.

            Une partie des enfants de l’École est contrainte à descendre au sous-sol de l’hôtel. Quand un soldat pousse avec la crosse de son fusil ceux qui ne vont pas assez vite, le caporal Jean Naloha qui est malgache et fait partie de l’encadrement s’interpose énergiquement. Il est abattu de 2 balles de revolver. L’abbé Charles Brand, aumônier de l’École, n’a rien pu faire, mais comme il parle allemand, il va servir de médiateur pour fournir des explications. Le lieutenant chef du détachement lui fait remarquer que les membres du personnel d’encadrement portent tous un uniforme militaire. Il l’accuse violemment d’avoir voulu le tromper et d’avoir essayé de camoufler des maquisards parmi les enfants. L’aumônier a toutes les peines du monde à l’en dissuader, mais finit par le convaincre qu’il n’y a aucun homme armé parmi eux.

Le personnel de l’École est alors contraint de sortir de l’Hôtel et de se regrouper sur la place ; 10 hommes pris en otages dont le maire Robert Nonet, s’y trouvent également. Le lieutenant accuse encore les Rochelais présents d’être de connivence avec le maquis et de mauvaise foi en refusant de lui dire qui a travaillé au pont. En conséquence, il émet des menaces contre les otages : ils tomberont, à commencer par le maire et l’aumônier, au premier coup de feu qui sera tiré à La Roche-Posay ou dans ses environs.

L’aumônier est ensuite mis en demeure de se rendre à Preuilly (Indre-et-Loire), pour y rencontrer le maire et l’avertir que si le pont sur la Claise sautait, la localité serait incendiée et des notables seraient fusillés. L’abbé accepte la mission. Arrivé à Preuilly, il peut voir le maire qui s’engage à faire garder le pont pour qu’il ne soit pas détruit. Grâce à l’intervention de l’abbé Brand le pire a pu être évité. Le détachement peut poursuivre sa retraite en direction de Châteauroux, sans rencontrer d’obstacle et sans être inquiété par le maquis.

Charles Brand a terminé son sacerdoce en étant archevêque de Strasbourg. Un square de La Roche-Posay porte son nom.

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne