La réunion du Comité départemental de Libération à la Préfecture
Le Comité Départemental de Libération (CDL) de la Vienne qui s’était constitué dans la clandestinité, le 4 août 1944, au château de Lalande près de Montmorillon, s’est réuni le 8 septembre, à 9 h, dans la salle du Conseil général de la Préfecture, sous la présidence de René Savatier, professeur à la Faculté de droit.
De 15 il est élargi à 50 membres avec la volonté d’y rassembler des représentants des mouvements de Résistance, des organisations syndicales et des partis politiques. En font partie Pierre Guillon, maire de Poitiers et Louis Ripault, maire de Châtellerault, le chanoine Chollet, curé de Saint-Porchaire à Poitiers, et le pasteur de l’Église réformée Jean Rivierre, l’avoué Henri Gallet (futur député MRP de la Vienne), René Hubert, ancien recteur de l’Académie, les professeurs à l’Université, Daniel Villey, André Latreille et le Dr Barnsby, Marcel Péricat, inspecteur principal du Trésor, Henri Souchaud, secrétaire général de la Bourse du Travail de Poitiers, et Henri Nau, secrétaire de la Bourse du Travail de Châtellerault, Henri Viaux, directeur du Libre Poitou, Camille Olivet (La Chouette) et Gabriel Thiant (Noël), chefs de maquis FTP. La mission du CDL est de personnifier la Résistance auprès du commissaire de la République, mais lui a seul le pouvoir de décision.
La ville de Poitiers est surreprésentée ; la moitié des membres y habitent, Châtellerault n’a que 8 représentants, Loudun 4 et Civray un seul. La Fouchardière, agriculteur à Naintré, fait remarquer que sa profession n’est représentée que par 4 membres, alors que la paysannerie constitue 70 % de la population de la Vienne. Camille Olivet soulève la question de la représentation ouvrière et objecte que le Comité comporte trop de professeurs. Personne ne proteste en revanche qu’il n’y ait qu’une seule femme : Alice Pagenaud, institutrice à Champigny-le-Sec. Elle représente l’Union des Femmes Françaises, liée au Parti communiste, qui œuvre pour la défense et l’avancée des droits des femmes.
Dans son recueil de souvenirs, le pasteur Rivierre, fournit ses impressions sur les séances du Comité : « J’avoue que je considérais avec un grand effort de sympathie ces communistes, ces FTP, ces colonels de très fraîche date qui nous débarquaient du Montmorillonnais, savaient bien que tout le Massif Central proche était à eux et ruaient avec impatience dans nos brancards. Certains étaient franchement insupportables. D’autres avaient une pureté émouvante, comme quelques ouvriers poitevins étonnés de se voir sous ces lambris ou l’instituteur Robert [à Poitiers], un homme admirable pour qui je garde beaucoup plus que de l’estime ».
Le 9 septembre, sont créées 7 commissions dont une commission d’épuration qui joue le rôle d’auxiliaire de la police et du parquet dans la recherche des suspects de collaboration. Sa présidence est assurée par Henri Souchaud. À l’image du CDL est constitué dans chaque commune un Comité Local de Libération (CLL) qui comporte également une commission d’épuration.
Jean-Marie Augustin
Document : René Savatier, professeur à la Faculté de droit de Poitiers, président du Comité de libération de la Vienne, cl. Harcourt
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne