La Nouvelle-République du Centre-Ouest

    En juin 1944, deux membres de Libération-Nord, le journaliste Pierre Archambault et l’imprimeur Jean Meunier, député socialiste d’Indre-et-Loire au moment du Front Populaire, créent à Tours, un journal clandestin auquel il donnent le nom de La Nouvelle-République du Centre-Ouest, avec comme sous-titre : « Organe de la Résistance Républicaine et Socialiste ». Le journal n’a que deux numéros dans la clandestinité.

La « une » de La Nouvelle-République du Centre-Ouest, le 8 septembre 1944

            Lorsque la ville de Tours est libérée le 1er septembre, le journal paraît au grand jour, sous l’impulsion de Michel Debré, commissaire de la République pour la région d’Angers, à la place de La Dépêche du Centre qui a été interdite de publication, comme la plupart des périodiques ayant paru sous l’Occupation. La Nouvelle-République est fondée sous la forme d’une société anonyme à participation ouvrière (SAPO) qui exclut toute appropriation par une ou plusieurs personnes : chacun des actionnaires ne peut détenir plus de 1,25 % des actions et quatre des dix membres du conseil d’administration doivent être des représentants du personnel (un journaliste, un cadre, un ouvrier et un employé).

            Le journal crée très vite des éditions locales dans les départements voisins de l’Indre-et-Loire, dont une dans la Vienne. Le premier numéro dans ce département paraît le 7 septembre, sous la forme d’une page recto-verso, soit deux jours après la libération de Poitiers. Il relate notamment l’accueil triomphal fait par la ville de Châtellerault à ses libérateurs. L’éditorial du lendemain, intitulé « Le Poitou est libéré » est un vibrant appel à la reconstruction du pays, au maintien de l’union de la Résistance et au châtiment des collaborateurs : « La grande tâche de la reconstruction nationale commence. Regardons en face l’avenir. Le pays a besoin de tous ses fils. Surmontons notre rancœur, nos dissentiments personnels, les passions partisanes. L’heure du jugement sonnera. La France saura être ferme pour ceux qui on livré le pays à l’ennemi, les uns par intérêt personnel, les autres pour le triomphe de leur politique […] Nous n’avons pas un instant à perdre pour que la France vive. Pour cela, il faut que, sans délai, tous les organismes nationaux, économiques et sociaux fonctionnent dans l’ordre et le calme. Nous le pouvons. Ne jetons l’exclusive contre personne. Une mutuelle compréhension est seulement indispensable. Souvenons-nous d’un principe de Descartes : « Dégager la raison des passions et la bien employer ». Tout est là. Appliquons-le de nous-même. Que ceux qui ont le sens des réalités participent ardemment à cette grande œuvre. Un programme moral doit évidemment nous unir. Croire en la France, croire à la démocratie. S’inspirer de la justice et de la fraternité naturelle. Respect de la valeur de la personne humaine ».

            Comme dans toute la presse de l’époque, un hommage est rendu au général de Gaulle. C’est grâce à lui « et aux hommes qui l’ont suivi que la France fut toujours présente au combat et qu’elle sera demain présente à la victoire ».

Document : La « une » de La Nouvelle-République du Centre-Ouest, le 8 septembre 1944

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne