4 août 2024 : Réunion clandestine du Comité Départemental de Libération au château de Lalande

Dès le milieu de l’année 1943, les mouvements de Résistance, en liaison avec la France libre, souhaitent donner localement une représentation politique aux forces combattantes. Au début de 1944, Roger Faraud, responsable du mouvement Libération-Nord dans la région de Poitiers, est chargé par le Conseil National de la Résistance (CNR) de rencontrer Joseph Garnier, directeur de l’Hôtel-Dieu, pour créer un Comité Départemental de Libération (CDL) dans la Vienne.

Le château de Lalande à Montmorillon, Arch. dép. de la Vienne

La première réunion a lieu chez le journaliste Henri Viaux, 35 rue Gambetta à Poitiers : Jean Schuhler prend le pseudonyme de Jean Fasquelle et rejoint son poste à bicyclette de Paris à Poitiers où il arrive le 6 juin 1944, le jour même du débarquement allié en Normandie. Il est accueilli dans la cité poitevine par Daniel Villey, professeur d’économie politique à la Faculté de droit et par Péricat, fondé de pouvoir à la Trésorerie Générale. Nanti de papiers qui font de lui un inspecteur du travail, il loge chez Mme Florentin, 4 place de la Liberté.

À l’initiative du Conseil National de la Résistance (CNR), s’étaient constitués dans chaque département des comités clandestins de Libération (CDL) dont la fonction avait été officialisée par l’ordonnance du 21 avril 1944. Celui de la Vienne était présidé par Joseph Garnier, directeur de l’Hôtel-Dieu. Jean Schuhler, prend aussitôt contact avec lui et les premières réunions se tiennent au garage Saint-Christophe, chez Michel Zlatiev, avenue de Bordeaux (aujourd’hui avenue de la Libération). Le commissaire de la République parcourt ensuite à vélo, les cinq départements de la région de Poitiers, à la rencontre de la Résistance. Presque chaque jour, cent kilomètres au moins, jalonnés de barrages allemands qui le forcent à s’arrêter, à montrer des papiers, vrais et faux, et à déjouer les uniformes. Les CDL sont officialisés à Alger, le 21 avril 1944, par le Comité Français de Libération Nationale (CFLN), présidé par le général de Gaulle. L’objectif est d’en faire les auxiliaires des commissaires de la République et des préfets pour préparer l’insurrection contre les Allemands et rétablir la légalité républicaine. Le 4 août 1944, une nouvelle réunion clandestine du CDL de la Vienne se tient au château de Lalande, à Montmorillon, en présence de Jean Schuhler, commissaire de la République pour la région de Poitiers et du colonel Bernard (Félix Chêne) commandant les FFI de la Vienne, qui est accompagné de deux chefs FTP, La Chouette (Camille Olivet) et Amilcar (Robert Artaud). Schuhler a raconté : « Au fur et à mesure que les nouveaux venus prenaient place, la table se garnissait des armes les plus diverses que chacun déposait : grenades à manche, pétards de tous modèles. Ils se délestaient et, du même coup, démontraient qu’il fallait compter sur eux ». Henri Huyard a été arrêté le 6 juin 1944 et déporté à Dachau. Joseph Garnier a été nommé préfet de la Charente. Entrent dans le CDL, Henri Souchaud secrétaire général de la Bourse du Travail (CGT, socialiste), Maurice Piot, tonnelier à Neuville (communiste), André Boissé, inspecteur divisionnaire du Travail (radical-socialiste), Saboureau, agent administratif (syndicaliste chrétien), Sincère Dubois, instituteur à Antigny (Front National, communiste), Gabriel Thiant (commandant Noël, FTP), Roger Nonin, tailleur à Poitiers (Front National, FTP), Henri Marchand, contrôleur principal aux contributions indirectes (Front National). Le professeur René Savatier est élu président du CDL à l’unanimité.

À l’image du CNR, le Comité départemental de Libération réunit des représentants des mouvements de Résistance, des organisations syndicales et des partis politiques.

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne