11 juin 1944 : Les bombardements de Châtellerault

Pour retarder la remontée des troupes allemandes du Sud-Ouest vers la Normandie, l’aviation alliée multiplie les bombardements stratégiques sur les gares. Châtellerault est une cible prioritaire.

Le 11 juin 1944, une première vague de bombardiers vise un train de six wagons d’essence qui stationne en gare et une seconde atteint la sous-préfecture. À 21 h 45, sans aucune alerte, de 100 à 150 kg de bombes sont déversées pendant une vingtaine de minutes. Le bilan humain comptabilise 10 morts dont le commissaire de police Jean Danveau, 13 blessés dont le maire Joseph Aymard et des cheminots, 225 sinistrés. Le bilan matériel s’avère assez lourd puisque 5 immeubles ont été détruits, 30 sont inhabitables et 254 endommagés, surtout les rues Guillemot et de la Renaitrie. Le sous-préfet déménage ses bureaux au Musée de la maison de Descartes, rue Bourbon. La gare était l’objectif initial, mais la sous-préfecture aurait été choisie pour cible en tant que haut-lieu de la collaboration et d’infiltration de la Milice.

L’ampleur des dégâts s’explique par le fait qu’il n’y a pas eu d’alerte et « par le flottement dans les services de défense passive ». Le directeur urbain de la Défense passive le reconnaît dans son rapport adressé au préfet : « C’est par miracle que les pertes de la population n’aient pas été plus nombreuses […] car la foule était sortie pour voir les dégâts du bombardement ». Ce rapport loue par ailleurs l’efficacité des services de pompiers.

Le journal collaborationniste L’Avenir de la Vienne, amplifie l’événement à des fins de propagande anti-alliée : « L’aviation anglo-américaine a déversé sur la paisible localité de Châtellerault une série de morts et de blessés parmi la population civile. La distillerie Lafoy [face à la sous-préfecture], en flammes, illuminait d’une lueur sinistre le navrant spectacle des maisons éventrées […} Cet inqualifiable bombardement a jeté la consternation parmi la population ».

Un deuxième bombardement éclate au cours de la nuit du 14 juin 1944 sur le dépôt d’essence, d’huiles et de munitions, dans la forêt de Châtellerault (secteur de la route de Colombiers et de La Font-Fermée), gardé par des soldats français prisonniers. Deux d’entre eux d’origine algérienne, ainsi qu’une femme, sont tués dans l’opération. Le sous-préfet Marcel Wiltzer précise « qu’il s’agissait d’un bombardement très massif. De nombreux avions paraissaient très concentrés […] Un violent incendie s’est déclaré dans la forêt ».

Châtellerault et sa forêt subissent un nouveau bombardement dans la nuit du 9 au 10 août 1944. Deux bombardiers Lancaster se sont écrasés après un lâcher de bombes. Leurs 13 membres d’équipage, 12 Britanniques et un Canadien, sont morts ; il y a un seul rescapé. Ces bombardements ont créés des débuts de panique. Les habitants fuient les zones menacées et rejoignent la campagne

sources : Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, La Geste, 2022, et texte de Pierre Vincent.

Document : Maison éventrée, boulevard d’Estrée à Châtellerault, 9 août 1944, Arch. dép. de la Vienne

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne