3 juillet 1944 : L’attaque du camp de la forêt de Verrières
En juillet 1941, un corps de commandos, le Special Air Service (SAS), est créé en Égypte, au sein de l’armée britannique, pour réaliser des sabotages sur les arrières de l’Afrika Korps. À l’approche du débarquement de juin 1944 en Normandie, l’état-major allié décide d’utiliser ce SAS pour gêner au maximum la remontée des unités allemandes stationnées dans le sud de la France. Le capitaine John Tonkin, du 1er régiment SAS, est chargé de l’opération Bulbasket qui vise à perturber les mouvements de l’ennemi dans la région comprise entre les voies ferrées Bordeaux-Tours et Limoges-Vierzon.
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, Tonkin, le lieutenant Richard Crisp et deux radios sont parachutés près de Saint-Gaultier, dans l’Indre. Ils sont accueillis par le major britannique Amédée Maingard, (« Samuel »), natif de l’île Maurice, appartenant au Special Operation Executive (SOE) et par Robert Artaud, chef du maquis FTPF Amilcar. Dans les jours qui suivent, le reste du commando est parachuté sur 8 théâtres d’opération. Dès lors, SAS et maquisards multiplient les attaques des convois allemands et des voies de communications, puis le groupe, le 25 juin, prend position dans la forêt de Verrières.
Le 27, deux SAS, le sergent Douglas Eccles et le caporal Kenneth Bateman, partent observer le tunnel de Saint-Benoît. Ils sont faits prisonniers et interrogés par la Gestapo de Poitiers. Torturés, ils finissent par parler, en pensant que leur unité a eu le temps de changer de cantonnement, ce qui n’était pas le cas.
Le 3 juillet, un détachement du 80e corps d’armée de la Wehrmacht, accompagné de membres de la Gestapo et de miliciens, soit environ 800 hommes, encercle la forêt de Verrières, à l’aube. L’attaque commence vers les 7 h. Face à des forces très supérieures, Tonkin ordonne la dispersion. Il parvient à s’échapper, mais les Allemands font de nombreux prisonniers. Au terme de l’opération, sept maquisards du groupe Amilcar sont fusillés au lieudit La Couarde ; le lieutenant britannique Tomos Stephens, blessé, est achevé d’une balle dans la tête. Un monument sur lequel sont gravés les noms des huit victimes a été érigé à La Couarde avec l’inscription « À ceux qui sont tombés pour la liberté, le 3 juillet 1944 ». Trois autres SAS, blessés, ont été admis à l’Hôtel-Dieu de Poitiers et peut-être transférés à Tours. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés.
Trente SAS, dont le lieutenant Crisp, sont aussi capturés, ainsi qu’un pilote américain qui les a rejoints. Ils sont conduits à Poitiers, puis emmenés au bois du Curon, dans la forêt de Saint-Sauvant, où ils sont exécutés le 7 juillet, conformément à l’ordre d’Hitler de fusiller tous les parachutistes alliés, même pris en uniforme. La fosse où ils ont été enterrés n’est découverte qu’au mois de décembre 1944 par des chasseurs, sur le territoire de la commune de Rom (Deux-Sèvres) ; ils sont inhumés dans le cimetière.
Sources : Christian Richard, 1944 Le Special Air Service en Poitou, Opération Bulbasket et Moses, La Crèche (79), La Geste, 2018.
Dominique Tantin « Verrières (Vienne) 3 juillet 1944 », Le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés Guillotinés Exécutés Massacrés 1940-1944 (en ligne sur internet).
Jean-Marie Augustin
Document : Le monument aux fusillés de La Couarde, cl. Jean-Claude Corneille.
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