2 décembre 1944 : manifestation communiste à Poitiers

En septembre 1944, le colonel Maurice Fourrier, chef d’état-major du colonel Bernard (Félix Chêne), commandant les FFI de la Vienne, a été nommé à la tête de la 9e région militaire dont le siège est à Poitiers.

Tract imprimé le 2 décembre 1944 au soir, signé par le Parti communistes et les organisations apparentées (Front national, CGT, etc.), Arch. dép. de la Vienne.

Fourrier s’entoure d’anciens chefs de maquis FTP (Francs-Tireurs-Partisans), membres du Front National communiste : François Sidou (« Ledoux ») est son chef de cabinet, Charles Dubois (« Christian ») est chef du 2e bureau, Camille Olivet (« La Chouette ») est intendant des FFI, Robert Artaud (« Amilcar ») commande la place de Poitiers, Bientôt une mésentente s’établit entre Fourrier et le commissaire de la République Jean Schuhler. Sur les instances réitérées de ce dernier, le ministre de la Guerre André Diethelm décide, le 30 novembre, de remplacer Fourrier par un officier supérieur, le général Paul Angenot, ancien de la France libre.

L’arrivée du général Angenot à Poitiers est synonyme de perte d’autonomie pour la plupart des cadres locaux du maquis. Réunis le 1er décembre, les chefs FFI départementaux font part de leur opposition au remplacement de Fourrier et, dans la foulée, la section locale du Parti communiste, le Front national et la CGT organisent une manifestation pour le lendemain. Ils réclament aussi la fin du rationnement qui a été maintenu après la Libération et une justice expéditive pour châtier les collaborateurs. Effectivement, le samedi 2 décembre, entre 800 et un millier de personnes, civiles et militaires, se rassemblent place d’Armes à 18 h 15. Puis le cortège, avec à sa tête la fanfare du 125e RI, s’ébranle en direction de la préfecture. Sans que puissent intervenir les agents de police, les manifestants parviennent à enfoncer une porte latérale, en chantant La Marseillaise et L’Internationale. Ils se ruent sur le perron et réussissent à pénétrer dans l’appartement du commissaire de la République où ils emportent l’argenterie, volent des effets personnels, du vin et des vivres.

Après négociation, une délégation est reçue par Jean Schuhler et le calme revient en fin de soirée. Toutefois, pour empêcher de nouveaux troubles, le gouvernement envoie en urgence un bataillon de la 1ère armée à Poitiers. Au final, après un temps de latence, le général Angenot prend ses fonctions de commandant la 9e région militaire, le 26 décembre, et conserve le colonel Fourrier comme chef d’état-major, jusqu’au décès de ce dernier, le 1er février 1945, dans un accident d’automobile. Le 18 février 1946, la métropole est réorganisée en 9 régions militaires. Celle de Poitiers est supprimée ; les départements de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Charente et de la Charente-Maritime sont rattachés à la 4e région militaire dont le siège est à Bordeaux.

Jean-Marie Augustin

Document : Tract imprimé le 2 décembre 1944 au soir, signé par le Parti communistes et les organisations apparentées (Front national, CGT, etc.), Arch. dép. de la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne