1er août 1944 : Le bombardement de l’École de la Milice à la caserne des Dunes
Par la loi du 29 août 1940, le gouvernement de Vichy a créé la Légion française des combattants (LFC) qui unifie en son sein les associations des anciens combattants. Sa mission est d’assurer la propagande en faveur de la Révolution nationale prônée par Vichy et d’assister les pouvoirs publics. La Légion ne se développe toutefois qu’en zone libre. Les Allemands l’interdisent en zone occupée. Ils craignent qu’elle ne se transforme en organisation paramilitaire et trouvent que ses dirigeants ne sont pas suffisamment engagés dans la collaboration.
En août 1941, Joseph Darnand, chef de la Légion des Alpes-Maritimes, crée dans son département un Service d’Ordre Légionnaire (SOL). Le but est d’encadrer les manifestations de la Légion et d’avoir à disposition des « troupes de choc » pour lutter contre la « lèpre juive » et le communisme. Des ministres de Vichy donnent leur aval à cette initiative. En janvier 1942 l’État français officialise le SOL et par la loi du 30 janvier 1943, le transforme en Milice française organisée en trentaines de francs-gardes. Dans le Sud-Vienne correspondant au Montmorillonnais, le chef de la Milice est Pierre Tribot-Laspière, secrétaire général de l’Alliance pastorale.
Quand Joseph Darnand, secrétaire général de la Milice, est nommé secrétaire d’État au Maintien de l’ordre, le 30 décembre 1943, les Allemands abandonnent toute prévention à l’égard de cette organisation dont ils se rendent compte qu’elle pourra leur être utile pour lutter contre la Résistance. Le 27 janvier 1944, la Milice est autorisée à s’implanter en zone nord et, le 19 avril, son siège est inauguré 13 place d’Armes à Poitiers, au-dessus des locaux occupés par la BNCI (l’actuelle BNP). Puis, au mois de mai, les chefs de la Milice à Paris décident d’installer une école de formation des miliciens dans une partie de la caserne des Dunes occupée par les Allemands. 200 jeunes gens venus de toute la France y sont incorporés.
La Milice collabore avec la Gestapo et ses franc-gardes poursuivent tous ceux qui sont accusés de menées antigouvernementales : communistes, gaullistes, francs-maçons, juifs, etc. Les suspects qui sont arrêtés sont interrogés dans les caves du siège, place d’Armes, ou à la caserne des Dunes, et parfois torturés, avant d’être remis à la Gestapo. Des miliciens sont également engagés aux côtés des Allemands contre les maquis, dans les forêts de Saint-Sauvant et de Verrières, ainsi qu’à Belâbre, et l’on sait qu’une attaque d’envergure se prépare contre les FFI du Montmorillonnais. C’est pourquoi le capitaine SAS John Tonkin demande par radio à l’aviation britannique de détruire l’École de la Milice à la caserne des Dunes. Le 1er août, une escadrille de 24 Mosquito se dirige Poitiers et, à 21 h 45, bombarde la caserne. Une aile entière et des hangars abritant du matériel sont en ruines. La précision est chirurgicale, seules 2 maisons aux alentours sont rendues inhabitables. 10 miliciens et 37 Allemands environ sont tués ; il y a 30 blessés.
Source : Jean-Marie AUGUSTIN et Gérard SIMMAT, Poitiers occupé, Poitiers bombardé, La Crèche (79), Geste éditions, 2013.
Document : La caserne des Dunes à Poitiers après le bombardement, coll. Gérard Simmat.
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne