14 juillet 1944 : Bombardement du camp allemand de Bonneuil-Matours

À Bonneuil-Matours, en juin 1940, les Allemands ont réquisitionné des maisons, les châteaux de Marieville et de Crémault, ainsi que des baraquements construits pour y accueillir des réfugiés belges, sur la rive gauche de la Vienne, au sud du pont suspendu.

Les traces du bombardement sur le portail du château de Crémault, cl. J.-M. Augustin

           Tout au long de l’Occupation, les baraquements ont été occupés par différentes troupes et, en 1944, ils le sont par un bataillon de réserve du 80e corps d’armée. Celui-ci conduit diverses attaques dans la Vienne contre les SAS britanniques et les maquis engagés dans l’opération Bulbasket. Il est notamment responsable de l’exécution de 7 maquisards du groupe Amilcar et du lieutenant Tom Stephens à l’issue des combats du 3 juillet dans la forêt de Verrières.

Les services britanniques sont bien décidés à venger la mort du lieutenant Stephens et des 7 maquisards. Ils ne peuvent pas être au courant de l’assassinat des 30 autres SAS et d’un pilote américain, le 7 juillet, dans la forêt de Saint-Sauvant ; les corps n’ont été retrouvés qu’en décembre 1944. S’adressant au haut commandement allié, ils demandent « un bombardement spécial du QG du commandant boche qui a dirigé les colonnes de répression en Indre, Vienne, Creuse et Loire ». Les coordonnées géographiques du site à bombarder sont données : « 15 km au sud de Châtellerault. Château à 450 m au sud-est du carrefour est du village. 100 m au sud de la route d’Archigny. Compagnie de défense dans la forêt à 30 m à l’est des fossés le long de la rivière la Vienne du carrefour TTT à 200 yards (environ 180 m) vers le sud. Présence probable de chars ». Dans la soirée du 14 juillet 1944, 14 Mosquitos du 21e escadron de la Royal Air Force, du 464e escadron de la Royal Australian Air Force et du 487e escadron de la Royal New Zealand Air Force, escortés de 12 Mustang du 65e escadron de la RAF, partent d’Angleterre et bombardent le camp allemand de Bonneuil-Matours. Le nom de code est Revenge of the air (revanche venue du ciel). Les avions sont armés de bombes explosives et de bombes incendiaires américaines au napalm (c’est l’une des premières utilisations militaires du napalm en Europe).

Le bombardement se fait à 1 000 pieds et le village est épargné. Seul un incendie est déclenché qui ravage les baraquements. Les troupes allemandes revenant des opérations engagées contre les maquis à Bélâbre s’abritent dans un fossé. Les bombardiers effectuent alors un deuxième passage pour mitrailler les soldats. Sur les 400 Allemands présents, le bilan varie de 80 à 200 morts et blessés. Toute la nuit, les corps sont évacués sur des charrettes, mais personne n’a jamais su où les morts ont été enterrés. Le lendemain, Georges Masson, pompier et membre de la Défense passive, vient proposer ses services aux Allemands, mais il est renvoyé manu militari. Aucune victime n’est à déplorer parmi les habitants de Bonneuil-Matours. Deux jours après, le camp était totalement vide.

Source : Christian RICHARD, 1939-1945 : La guerre aérienne dans la Vienne, La Geste, 2009.

Jean-Marie Augustin

Document : Les traces du bombardement sur le portail du château de Crémault, cl. J.-M. Augustin

Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.

Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne