12 août 2024 : Les combats de Champagné-Saint-Hilaire
Depuis 1911, existait à Champagné-Saint-Hilaire, un haras appartenant au baron Maurice de Rothschild qui l’utilisait pour l’élevage de chevaux destinés à ses écuries de course. À l’été 1940, le haras est occupé par l’armée allemande et à partir de l’automne 1941, il sert de lieu de repos pour des compagnies retirées du front russe.
Lorsque le Frontstalag 230 ouvert au camp de La Chauvinerie à Poitiers pour interner les prisonniers des troupes coloniales est fermé en avril 1942, 25 « Sénégalais » sont dirigés vers le haras au service des officiers et pour le soin des chevaux.
Le 12 août 1944, les Allemands sont sur le départ. Le matin, ils font annoncer par le garde-champêtre la vente des chevaux du haras, mais le bruit circule que le maquis s’apprête à libérer les prisonniers africains. La vente a lieu dans l’après-midi et le soir, ces derniers sont rassurés car ils ont reçu l’assurance de leur libération pour le lendemain. En effet, le 13, à l’aube, un groupe du maquis D 3 Renard, commandé par Edmond Bernard, arrive de Joussé et encercle les bâtiments du haras. Une douzaine d’Allemands sont faits prisonniers. Les autres prennent position pour résister, tandis que les Africains qui, la veille, ont emporté des pelles et des pioches dans leurs baraques, coupent les barbelés et réussissent à s’échapper malgré les tirs des mitrailleuses. Les maquisards proposent de les évacuer à Joussé, mais ils refusent et demandent des armes pour participer au combat. C’est à ce moment que commence la véritable bataille de Champagné. Les Allemands sont retranchés dans la villa du haras et résistent énergiquement aux assaillants. À midi, les maquisards qui comptent 5 morts, sont un peu désemparés, mais bientôt ils reprennent courage car des renforts arrivent de Charroux et Saint-Secondin.
Malheureusement une voiture allemande réussit à sortir du haras et à se rendre à Poitiers pour prévenir de l’attaque. Une colonne se dirige vers le lieu des combats et un bataillon SS venant de Civray pour se rendre à Poitiers est alerté par la fusillade en passant à Sommières-du-Clain. Des otages sont pris et attachés devant les camions qui sont déroutés vers Champagné. C’est alors la panique, l’exode des habitants du bourg et la fuite éperdue des maquisards qui jettent leurs armes au hasard. Les pertes sont importantes : 13 morts au cours de l’attaque et de nombreux blessés. Le bourg est envahi, le groupe scolaire, la mairie, des maisons, des granges et les installations des haras sont incendiés. Le chef du maquis Charles, Georges Ponsonnet blessé et capturé à peu de distance du combat par les troupes allemandes arrivées en renfort, est le soir même torturé et exécuté sommairement. Deux autres membres du maquis Charles sont également abattus alors qu’ils tentaient de s’approcher du bourg de Champagné pour renforcer les résistants. Après le pillage, les Allemands partent sur Poitiers non sans subir un nouvel accrochage de quelques maquisards regroupés à quelques kilomètres.
Sources :
Louis VIBRAC, Ce fut la guerre à Champagné-Saint-Hilaire, La Crèche (79) Geste éditions, 2012.
Michel THÉBAULT, « Champagné-Saint-Hilaire (Vienne), 13 août 1944 , Le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés Guillotinés Exécutés Massacrés 1940-1944 (en ligne sur internet).
Document photographique : Pièces d’artillerie alignées sur la place de Champagné Saint-Hilaire en octobre 1941, Arch. dép. de la Vienne.
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne