La manifestation du 1er mai 1945 à Poitiers
Le régime de Vichy a prononcé la dissolution des syndicats et s’est orienté dans la voie du corporatisme. En même temps, le 1er mai a été vidé de sa signification sociale et militante. Par la loi du 24 avril 1941, il est officiellement désigné comme la « fête du Travail et de la Concorde sociale » et devient un jour férié, chômé et payé. Le jour coïncide aussi avec la saint Philippe, patron du maréchal Pétain.
Après la Libération, les syndicats qui dans la clandestinité ont participé à la Résistance, renaissent au grand jour et, à l’appel de la CGT, des manifestations sont organisées dans toutes les villes de France pour le 1er mai 1945. C’est ainsi qu’à Poitiers un meeting réunissait à la Maison du Peuple, rue Arsène Orillard, la foule des travailleurs.
Henri Souchaud, secrétaire général de la Bourse du Travail, prit le premier la parole en se faisant l’écho de la parole ouvrière : « Malgré ses promesses, le gouvernement n’a encore rien fait pour les travailleurs et les conditions matérielles restent à améliorer. L’épuration tant désirée n’est pas encore faite. » Il termine par un appel à l’union : « Restez unis car la lutte n’est pas terminée ».
Mme Vergez, qui représentait l’Union des Femmes Françaises, (liée au Parti communiste) a aussi lancé un appel à l’union qui doit servir à la reconstruction de la France. Au sujet des élections, elle a remercié les femmes de Poitiers du « beau travail qui a été fait ».
M. Lalucq, représentant du Front National (lié aussi au Parti communiste) a rendu hommage aux ouvriers qui incarnèrent la Résistance active.
Roger Deniau, membre du bureau confédéral de la CGT qui est venu de Paris, a rappelé le but de cette journée : « La CGT à Poitiers, comme partout, veut manifester le mécontentement des travailleurs français encore trop loin des promesses qui leur ont été faites. Elle demande à tous les Français de se joindre aux ouvriers pour faire triompher une République encore sérieusement menacée ». L’orateur a ensuite exposé les grands problèmes que le gouvernement doit résoudre : « la CGT pense qu’il doit pour cela s’appuyer sur tout le peuple et la conscience des travailleurs. Il faut associer la France toute entière à l’œuvre du gouvernement ».
Après le meeting, les travailleurs poitevins, groupés en section et drapeaux de la CGT en tête, se rendirent aussitôt à la Préfecture. Des pancartes réclamaient une épuration rapide, une amélioration du ravitaillement, du beurre, de la viande et le châtiment des traîtres. Les ouvriers espagnols de Poitiers participaient à la manifestation. Une délégation a été reçue par André-Marie Trémeaud, préfet délégué de la Vienne, à qui elle a remis une liste de revendications.
Document : Le label confédéral de la CGT
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