Poitiers fête ses premiers prisonniers de guerre libérés

Au début du mois de mars 1945, un certain nombre de prisonniers de guerre et de déportés des départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, libérés des camps en Allemagne, arrivent en gare de Poitiers. Ils sont reçus par une délégation de la Maison du Prisonnier et du Déporté, puis ravitaillés par la Croix-Rouge et l’Entraide française. Dès qu’ils le peuvent, les rapatriés regagnent leur foyer et le collège Saint-Joseph a été aménagé pour recevoir ceux qui sont sans famille.

Veste d’un prisonnier français, marquée sur le dos des lettres KG pour Kriegsgefangener (prisonnier de guerre), Tercé, Musée de la Vienne dans la Seconde guerre mondiale.

Le dimanche 18 mars, les quatre premiers prisonniers de Poitiers de retour de captivité : Marcel Bouchet, Pierre Couillaud, William Loriol et Philippe Georges, reçoivent, place d’Armes un accueil rempli d’émotion. À 11 heures, au garde à vous sur le perron de l’hôtel de ville, ils sont face à la musique du 125e RI qui exécute des hymnes militaires. Puis ils s’avancent jusqu’au mât destiné à recevoir le drapeau et l’un d’entre eux hisse les trois couleurs tandis que retentit La Marseillaise. Sur le perron, Pierre Guillon, maire de Poitiers, remercie les quatre prisonniers libérés « d’avoir pris sur le bonheur du retour un instant pour répondre à cette invitation ». Il leur rappelle aussi qu’ils sont « l’espoir qui grandit et fait battre les cœurs, car nous entrevoyons derrière vous, sur la route du retour, l’immense troupe de ceux dont vous n’êtes que l’avant-garde ». Henri Souchaud, président du Comité municipal d’assistance aux prisonniers de guerre, prend ensuite la parole. Il termine son discours en s’adressant aux femmes et enfants de Poitiers : « Vers vous Mesdames, vers vous dont la foi et le courage sont exemplaires, vers vous qui attendez vos époux, vos frères, vos enfants, vos fiancés, vers vous petits enfants qui attendez vos papas, vers vous tous je crie mon espoir, bientôt ils seront-là, bientôt va sonner l’heure de la grande libération, préparons leur retour. Poitevins et Poitevines, courage. « Vive la France » ».

La municipalité offre un vin d’honneur dans le salon de réception de l’hôtel de ville. Dans son allocution, Jean Schuhler, commissaire de la République pour la région de Poitiers, parlant au nom du Gouvernement provisoire, retrace pour les prisonniers les problèmes les plus épineux qui vont se dresser devant eux. « Vous ignorez, leur dit-il, ce qui s’est passé en France. Dès 1940, des Français ont décidé de résister aux occupants et ce dans le but de libérer leur patrie d’abord et de lutter pour un régime social et économique nouveau. En l’absence de vos camarades, il vous revient d’épauler la résistance métropolitaine ». Puis il porte un toast à la Libération. Des gerbes sont ensuite déposées par les quatre libérés au monument aux morts, boulevard de Verdun.

Jean-Marie Augustin

Document : Veste d’un prisonnier français, marquée sur le dos des lettres KG pour Kriegsgefangener (prisonnier de guerre), Tercé, Musée de la Vienne dans la Seconde guerre mondiale.

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