Le procès de Lucien Vergnaud, directeur de la Manufacture d’armes de Châtellerault
Après l’armistice du 22 juin 1940, les Allemands occupent la Manufacture d’armes de Châtellerault. Le Treuhänder (administrateur fiduciaire) Sperling, accrédité par le haut-commandement de la Wehrmacht, contrôle la production et l’exploitation. Lucien Vergnaud qui était à la tête de l’établissement depuis avril 1939, est conservé avec le titre de directeur général, détaché au service du Reich, pour diriger le personnel.
L’objectif du directeur est de servir avec loyauté l’appareil de guerre allemand, en affichant un soutien ostensible à la propagande menée par l’occupant. Il insiste sur le rendement et se réjouit de la réussite de l’entreprise qui « intégrée dans l’économie européenne, fonctionne avec une vitalité inconnue dans le passé ». Vergnaud a une grande part de responsabilité dans le transfert des ouvriers pour aller travailler en Allemagne ou sur les chantiers du Mur de l’Atlantique. Le 9 octobre 1942, il lance un appel aux membres du personnel de la manufacture afin qu’ils se portent volontaires pour la « Relève ». Comme leur nombre est insuffisant, l’inspection départementale du Travail décide, en accord avec la direction, de réquisitionner 200 ouvriers qui sont obligés de partir. Les « volontaires forcés » prennent le train en gare de Châtellerault, le 23 octobre 1942, à destination des usines du Reich. D’autres départs de requis suivent jusqu’à la mise en place du Service du Travail Obligatoire (STO), le 16 février 1943.
Quand s’ouvre son procès devant la Cour de justice de Poitiers, le 27 décembre 1944, les griefs d’accusation contre Vergnaud obéissent à 3 critères. Il lui est reproché d’avoir augmenté la productivité du travail et d’avoir fait l’apologie du rendement au profit du Reich, tout en dénigrant les Alliés. Son aide financière apportée aux partis et mouvements collaborationnistes est également soulignée. Une troisième catégorie de chefs d’accusation vise son autoritarisme à l’encontre du personnel : soumission exagérée à l’occupant, encouragement à la délation, exclusions, contrôle excessif des déplacements, etc. Son avocat, Me Mabillede Poncheville, s’attache au contraire au patriotisme dont il aurait fait preuve en préservant les intérêts français à l’intérieur de la Manufacture. Il aurait notamment évité le pillage des machines et limité le départ de la main d’œuvre en Allemagne. En conclusion, il réclame l’acquittement de ce « magnifique Français », victime de sa hiérarchie et incompris de son personnel. L’arrêt du 28 décembre 1944 déclare Vergnaud coupable de trahison ; il est condamné à 15 ans de travaux forcés et à la confiscation de ses biens. En réalité, il est incarcéré pendant quatre ans et amnistié en 1953.
Bibliographie :
Marie-Claude ALBERT, Châtellerault sous l’Occupation, Geste Éditions, 2005 ;
Jean-Marie AUGUSTIN, Collaboration(s) et épuration dans la Vienne, 1940-1948, Geste Éditions, 2014.
Jean-Marie Augustin
Document : La Manufacture d’armes de Châtellerault © MOSSOT
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