Le baron Reille-Soult-Dalmatie, emprisonné par le maquis, « mort pour la France »

Henri Reille-Soult-Dalmatie est le descendant de deux maréchaux de France : le comte Charles Reille et Jean de Dieu Soult, duc de Dalmatie. Gentilhomme campagnard au Rancho, commune de Sillars, il a été le créateur, en 1933, de l’Alliance pastorale pour l’élevage du mouton dans le Montmorillonnais et il en est devenu le président.

Le baron Henri Reille-Soult-Dalmatie, fonds Jean-Claude Corneille

Le 21 juillet 1944, il est arrêté avec son épouse sous prétexte qu’il est en relation avec Tribot-Laspière, secrétaire général de l’Alliance pastorale, mais aussi chef de la Milice dans le Sud-Vienne. Remis au maquis Le Chouan, le couple est détenu dans divers endroits pendant 26 jours, enfermé dans des toits à cochons et maltraité, puis libéré contre une rançon de 60 000 francs, tandis que le Rancho est pillé et le cheptel volé. Aux méfaits commis sur les biens s’ajoute le viol de la femme de chambre.

Le baron Reille-Soult se réfugie avec sa femme dans une autre propriété qu’il possède aux Grands Moulins, commune de Lussac-les-Châteaux. Le 19 octobre 1944, deux hommes armés se présentent à la porte de la maison. Le baron est seul ; il est de nouveau arrêté, emmené de force et assassiné. Son corps n’a jamais été retrouvé, malgré trois enquêtes menées par la police. L’exploration du puits de La Clerjauderie à Lussac n’a fourni aucun résultat. Les bouches se ferment quand on évoque l’enlèvement ; ceux qui pourraient parler craignent des représailles.

Il n’est pas su en réalité, dans le pays, qu’Henri Reille-Soult a œuvré pour la Résistance. Officier d’aviation et spécialiste de balistique aérienne, il est l’inventeur d’un appareil de visée pour le tir dont il a réussi à transmettre les plans aux Alliés. Membre du service de Camouflage du matériel (CDM) dès 1941, il a soustrait à l’armée d’armistice des armes et des munitions qu’il a cachées dans le Sud-Vienne en vue de les conserver et de préparer la revanche. À maintes reprises, il a hébergé au Rancho le personnel de ce service, repérant des terrains de parachutage et d’atterrissage, abritant chez lui des réfractaires au STO et conduisant lui-même de nombreux officiers poursuivis par les Allemands pour les mettre hors de danger. Henri Reille-Soult est l’une des rares victimes de l’épuration dont l’acte de décès porte la mention « Mort pour la France ». Il a en outre été cité à l’ordre du corps d’armée le 25 juillet 1945, par décision du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire, avec attribution de de la croix de guerre ornée d’une étoile de vermeil. La citation posthume porte la mention suivante « Fidèle à la tradition du nom, a toujours fait preuve du patriotisme le plus pur et du plus grand courage, mettant au-dessus de tout son amour pour le pays ».

Jean-Marie Augustin

Document : Le baron Henri Reille-Soult-Dalmatie, fonds Jean-Claude Corneille

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