La Chambre civique
Les chambres civiques fonctionnent en parallèle avec les cours de justice, de façon à ne laisser échapper aucun coupable de collaboration. La peine prévue est celle de l’indignité nationale à vie ou à temps, emportant la privation des droits de vote et d’éligibilité, ainsi que l’exclusion de la fonction publique et de nombreuses professions (banque, enseignement, presse, radio).
La chambre civique siégeant à Poitiers fonctionne du 14 décembre 1944 au 23 juillet 1947. En priorité, elle expédie les affaires de collaboration sentimentale, car celle-ci, pour les tribunaux d’épuration, constitue au premier chef un cas d’indignité nationale. Les premières femmes qui sont jugées le 14 décembre, sont 2 sœurs, blanchisseuses à Poitiers. Pour des relations intimes avec des soldats de l’armée d’occupation, elles sont accusées, rien de moins que cela, d’avoir apporté « une aide indirecte à l’Allemagne » et « d’avoir porté volontairement atteinte à l’unité nationale », suivant l’article 1er de l’ordonnance du 26 août 1944. Elles sont condamnées à 10 ans de dégradation nationale. Des relations sexuelles conduisent toujours la femme à être condamnée, peu importe que l’amour soit sincère ou qu’elle ait été poussée à se donner à un Allemand par le dénuement. Une mère de famille, séparée de son mari avec 5 enfants, avoue qu’elle s’est mise en ménage avec un occupant afin de profiter d’un supplément de ravitaillement. Elle est condamnée à 5 ans d’indignité nationale.
Des affaires de collaboration économique impliquant des paysans, des artisans, ou des petits commerçants, lorsque les quantités sont peu importantes, sont jugées par la chambre civique. Certains chefs d’entreprise bénéficient d’une grande indulgence. André Dervieux, directeur à Châtellerault d’une usine spécialisée dans l’optique de précision, est acquitté. Il avait pourtant déclaré qu’il fallait produire beaucoup au profit de l’Allemagne pour laver la honte de la défaite provoquée par la semaine de 40 heures et les congés payés. Il s’arrangeait aussi avec les services de la main d’œuvre et les occupants pour faire partir au STO les ouvriers qu’il jugeait indésirables.
La chambre civique juge également ceux qui ont adhéré à des organisations vichystes ou à des partis et mouvements collaborationnistes, sans y avoir de responsabilités. La peine est relativement clémente pour Albert Cherel, recteur de l’académie de Poitiers, qui a fait partie du groupe pétainiste des « Fidèles du Maréchal », il est frappé de 10 ans de dégradation nationale. La chambre civique est encore plus indulgente pour l’ancien sénateur de la Vienne, Raymond Duplantier. Il est acquitté, bien qu’il ait été l’animateur du groupe Collaboration.
Jean-Marie Augustin
Document : Portrait de femme portant une casquette d’uniforme allemand, Arch. dép. de la Vienne
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