10 juin 1944 : Libération du camp de Rouillé
Le camp d’internement administratif de Rouillé est ouvert le 6 septembre 1941 sous la dénomination de « Centre de Séjour Surveillé ». Les internés y sont classés en cinq catégories : 1) les « politiques » essentiellement des communistes et des républicains espagnols, 2) les « marchés noirs », 3) les « droit commun », 4) les « indésirables étrangers » : outre les Espagnols, des Russes, des Arméniens, des Italiens, des Portugais…, 5) les « indésirables temporaires » français arrêtés pour avoir refusé d’obéir à un ordre des Allemands ou du régime de Vichy. Le camp est soumis au contrôle des autorités d’occupation, mais placé sous administration française.
Sur une surface d’1,5 ha, une quinzaine de baraques en bois, est entourée d’une double rangée de fils barbelés ; le tout est dominé par deux miradors qui permettent la surveillance. Les conditions matérielles et sanitaires y sont tout à fait déplorables, la nourriture est presque exclusivement végétarienne : rutabagas et topinambours.
Fin 1943, des groupes de résistants liés aux FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) se sont peu à peu constitués dans le secteur de Rouillé et des villages alentours. Un comité, également lié aux FTPF, est mis en place dans la commune par le colonel Sidou (Antoine ou Ledoux). Il est composé du Dr André Cheminée, médecin du camp, de Georges Debiais, de Camille Lombard et de Marcel Papineau.
Après le débarquement allié en Normandie, s’est souvenu Camille Lombard, « Nos petits maquisards sont en pleine effervescence […] Il faut faire quelque chose, nous n’avons que de petites armes de récupération et en petit nombre. Nous décidons quand même la libération du camp de Rouillé […] Le camp est gardé par des gardiens et par une section de GMR [Groupes Mobiles de Réserve]. Il ne reste que peu de « politiques » […] Nos maquisards entourent le camp. Les chefs de l’opération, Sidou, Gabriel Thiant [Noël], Paul Alleau, Charles Dubois [Christian] et moi-même, allons essayer de parlementer avec le commandant du camp et surtout avec le chef des GMR. Un gardien, venu avec nous […] a « le mot de passe » de la nuit. Nous arrivons à la porte sans encombre. Nous demandons le chef des GMR qui se présente sans difficulté. Debiais qui est un de ses amis lui dit « fais pas le c…, il n’y aura pas d’histoire ». Le commandant n’est pas là, il couche en ville. Accompagné d’un gardien, Debiais va le chercher. Il faut prendre une échelle et enfoncer la fenêtre. Enfin il s’habille et suit. En arrivant au camp, il ne peut que constater et accepter. […] Les GMR sont désarmés par le maquis, autant d’armes récupérées ainsi que celles des gardiens ».
47 internés dont 11 « indésirables étrangers » sortent du camp escortés par les maquisards, mais ceux-ci refusent de libérer les « droit commun ». Les internés libérés rejoignent le maquis. Après s’être réfugiés dans le bois des Cartes, ils gagnent la forêt de Saint-Sauvant. Ceux qui sont restés (172) sont transférés au camp de la route de Limoges à Poitiers.
Source : Le camp de Rouillé, réserve d’otages… Les Barbelés de Vichy, Biard (86), Imprimerie Nouvelle, 2022.
Document : Vue du camp 1943 (©Musée de la Résistance nationale, fonds de l’amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant)
Ce texte est issu d’une série d’articles commandés par La Nouvelle République à Jean-Marie Augustin pour marquer l’année du 80e anniversaire de la Libération, dans la Vienne.
Cette série d’articles est regroupée dans un dossier sur le site internet lanouvellerepublique.fr, accessible avec le lien suivant :
https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/1944-1945-la-chronique-de-la-liberation-de-la-vienne