Cérémonies du 65ème anniversaire de la libération du camp d’internement de Rouillé (86)

samedi 18 juillet 2009 dans Cérémonies
Il y a 65 ans, le camp d’internement de Rouillé était partiellement libéré par les maquisards de la région. A l’occasion de la cérémonie de ce 65ème anniversaire, Carlos Fernandez, fils de républicain espagnol antifranquiste, membre de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, a prononcé une allocution en hommage aux internés du camp, dont un grand nombre ont été victimes de la barbarie nazie, fusillés à la Butte de Biard (86), massacrés à Vaugeton (86), ou déportés dans les camps de concentration en Allemagne.

Carlos Fernandez Rouillé juin 2009

Allocution de Carlos FERNANDEZ au nom de l’Amicale
de Châteaubriant - Voves - Rouillé

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les représentants des Associations, des autorités civiles et militaires ici présents, Mesdames et Messieurs, chers amis, chers enfants,

Au nom de l’Amicale de Châteaubriant - Voves - Rouillé je vous remercie pour votre présence et votre constance à perpétuer cette cérémonie, oh combien symbolique et dont les messages s’avèrent être d’une grande actualité.
Je n’ai pas l’habitude de prendre la parole à l’occasion de tels évènements et, vous le comprendrez aisément, ce n’est pas sans émotion que je m’adresse à vous au nom de l’Amicale mais aussi en tant que fils de Républicains Espagnols dont les parents, au risque de perdre leur vie, ont fui la terreur franquiste.
Si je ne me trompe, il semble bien que c’est la première fois qu’un descendant de combattants espagnols s’exprime ici, en ce lieu. C’est un grand honneur et je n’y vois là aucun « geste de bonne volonté ». Mais au contraire un message hautement symbolique dans une Europe des peuples qui s’installe mais reste à bâtir. En écrivant ces lignes, les évènements passés se sont bousculés dans ma tête en observant quelques dates.
En effet il y a 65 ans que le camp de Rouillé était partiellement libéré par les maquisards de la région avec à leur tête Camille LOMBARD, NOEL (le colonel THIANT), Paul ALLEAU, SIDOUX, Charles DUBOIS et Georges DEBIAIS. Parmi les libérés nous relevons la présence de nombreux Républicains Espagnols mais aussi des Français, Italiens, Russes, Portugais et Arméniens qui, dans l’ensemble rejoindront les maquis environnants.
Il n’y a pas eu de frontière à cet engagement dans cette lutte commune contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Nous y voyons là une belle leçon, aujourd’hui, en cette période de crise où le repli sur soi et l’exclusion de l’étranger est parfois, trop souvent, de mise.
Et comme les dates se télescopent, nous venons de célébrer il y a peu le 70ème anniversaire de la « Retirada » : la retraite des armées de la République Espagnole en février 1939 qui s’est traduite par un afflux de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sur le territoire français que le gouvernement DALADIER, à l’époque, a jeté dans des camps de concentration à ARGELES, au BARCARES etc ... Sur ces plages où il manquait de tout, sauf de barbelés ! De ces hommes et femmes, beaucoup rejoindront les rangs de la résistance ce qui fut le cas, ici même, à Rouillé. Mais sachez aussi que nombre d’entre eux en ont payé de leur vie, comme sur le bord de cette route proche de Vaugeton en cette indicible journée du 27 juin 1944, où nous nous rendrons tout à l’heure en hommage à tous ces martyrs.
Sur le camp de ROUILLE, l’intitulé du livre « Les Barbelés de Vichy » résume parfaitement ces lieux d’internements où étaient parqués et maltraités ici des hommes et ailleurs des femmes qui avaient osé dire non à un gouvernement installé à Vichy qui avait trahi la République et s’était mis à la botte des nazis venus en territoire conquis, pour plus de mille ans disaient-ils.
Dans ce contexte il en a fallu du courage et de l’abnégation à ces hommes et à ces femmes pour surmonter la terreur, la peur, l’angoisse du quotidien, pour s’organiser et enfin lutter sous toutes les formes contre cette barbarie : la plus sombre de toute l’histoire de l’humanité.
A cette occasion comment ne pas citer cette merveilleuse sœur CHERER et son complice Raymond PICARD, le docteur CHEMINEE, le photographe Camille LOMBARD et tant d’autres que je ne peux citer qui ont œuvré pour alléger la peine et les souffrances des internés mieux, qui ont réussi le tour de force de tisser des liens précieux entre les internés et les résistants des maquis environnants. Ces maquis dont l’existence dépendait du soutien des populations des villes et des campagnes. Nous savons à quel point ce travail de fourmis aux risques incalculables, dans cette lutte sans merci, a permis d’arrêter ou de freiner le déplacement des troupes nazies qui se dirigeaient sur le front de Normandie en juin 1944.
Enfin comment oublier que ce camp de ROUILLE fut aussi une réserve d’otages. Une réserve d’otages ! Quel mot abominable relevant d’une pratique moyenâgeuse mise en place de manière à réprimer une résistance naissante qui n’allait cesser de s’accroître.
Et ils l’ont fait ! En ces mois de mars et avril 1942 en choisissant et prélevant dans ce camp 9 jeunes communistes âgés de 20 à 30 ans qui ont été conduits à la Butte de BIARD, près de Poitiers et fusillés. Ce sont les premiers otages d’une longue liste, exécutés dans ce département de la Vienne.
Comment oublier ?
Si nous sommes attachés à ces cérémonies, ce n’est pas parce que nous sommes enfermés dans une culture passéiste, mais bien comme l’a rappelé fort justement, ici même à ce micro, lors d’une autre cérémonie notre amie Lucienne MECHAUSSIE :
« Notre Amicale relaie les messages d’espoir écrits dans les derniers instants par les fusillés, les déportés. Nous réaffirmons, avec force, l’orientation de leurs combats pour les libertés, la démocratie, mais surtout leurs idéaux de justice sociale, d’égalité, de fraternité qui donnèrent naissance au programme du Conseil National de la Résistance ».
Un programme si malmené et remis en cause aujourd’hui. Alors s’il y a deux mots qui nous viennent à l’esprit ce sont les suivants : vigilance et résistance.

Vigilance, sur le sens des mots qui se banalisent comme par exemple le mot otage qui est tant galvaudé. En tant que cheminot je suis bien placé pour en parler. Vigilance sur tout ce qui vise à édulcorer, pire déformer et oublier ces pages d’histoire.
Et enfin résistance comme se plaisait à le dire Lucie AUBRAC, un mot « qui se conjugue au présent » pour plus de liberté, d’égalité et de fraternité.
Merci à Guy DRIBAULT et à vous tous qui animez le Comité du Souvenir de Rouillé et oeuvrez à ce travail indispensable de mémoire. A Jean FUMOLEAU qui inlassablement a su s’entourer de tous ces passeurs de mémoires.
Merci aux enseignants et aux enfants ici présents qui participent à l’éveil de cette conscience républicaine partagée.
Et si vous le permettez je remercie vivement, au nom de notre Amicale, Monsieur Roger PICARD, historien émérite qui vous est familier et qui a tant contribué à cette mémoire commune.

Merci à tous de votre attention.

Carlos Fernandez