Léone Jamain, déportée à Ravensbrück

L’article qui suit est un extrait du témoignage écrit que nous a laissé Mme Léone Jamain.

Croquis fait à Ravensbrück

Après la libération du camp, dernier rang 4ème à partir de la gauche

Selon le témoignage écrit de Léone JAMAIN, Résistance et Déportation, J’avais 19 ans, Châtellerault, mai 1993.


Léone JAMAIN née BAUGE travaillait à la Manufacture d’Armes de Châtellerault comme ouvrière, depuis fin 1939. Elle entra dans la Résistance en octobre 1940 en tant que membre du groupe FTP (Francs Tireurs et Partisans).

Elle fut arrêtée le 17 février 1943 à l’hôpital de Châtellerault où elle avait été opérée de l’appendicite. Avant d’être déportée à Ravensbrück, Léone a été internée à la prison de la Pierre Levée à Poitiers puis au camp de Romainville(1).

Le 27 avril 1943, avec environ 220 autres prisonniers, elle fut transportée à Compiègne où elle resta deux jours, puis est partie pour Ravensbrück. Le 30 avril, le convoi arrivait dans ce camp réservé aux femmes. Léone avait pour matricule le numéro 19361.

Dans les camps, la vie était très dure à cause de la faim, des maladies, du travail. Léone parle de sa sélection comme suit : « Un jour, grand branle-bas dans le bloc : le nouveau médecin SS vint pour procéder à une sélection, à ses côtés, Martha, la doctoresse tchèque, prisonnière comme nous. Nous défilions nues, dehors, devant eux. A chaque femme qui passait, le SS demandait à Martha ce que nous avions et sur un simple geste nous devions aller à droite ou à gauche. Lorsque je passai devant lui, il me toisa longuement. Martha lui expliqua vivement que j’avais eu une simple bronchite [alors qu’elle avait une pleurésie, soit du liquide dans les poumons]. Ce mensonge me sauva, je fus désignée du bon côté, celui du départ pour le commando de travail. Toutes les femmes qui étaient de l’autre côté furent gazées le soir même. »

Suite à l’appel qui avait lieu tous les matins à 3h30 sur la grande place, un second suivait selon « la désignation du travail que nous devions faire dans la journée. Terrassements, transports de briques, empierrements des routes, décharge de charbon, coupe de joncs dans le lac. Nous étions épuisées par le travail, la faim, le sommeil […] »

Par la suite, Léone a été transférée au commando de Neubrandenburg. Voici le témoignage qu’elle nous a laissé : « Un matin, je fus appelée par mon numéro pour partir en commando de travail à 40 km de Ravensbrück. J’étais seule française parmi les autres prisonnières, polonaises, allemandes, russes tchèques, yougoslaves. J’étais désespérée car j’avais peu de contact, ne parlant pas leur langue. Quelques jours plus tard, je retrouvai mon amie Jeannette et bien d’autres, ce fut un réconfort.
Je fus désignée pour travailler en usine qui se trouvait à 4 km du camp. Chaque matin, nous partions au travail à six heures et demi après l’appel qui durait trois heures. Nous partions en colonne en rangs de cinq, sans pouvoir parler et nous marchions difficilement car nous étions pieds nus dans des patines en bois.
Je fus choisie pour faire marcher trois machines, je devais courir de l’une à l’autre, journée qui se terminait à dix-huit heures. En entrant au camp nous avions deux heures d’appel. Au bout de quelques jours j’étais épuisée. Une fois, je tombais évanouie à côté d’une machine, l’officierine de service me ranima en me jetant un seau d’eau sur le visage et le corps. Je revois son visage sadique.
En me réveillant, j’étais transie, je me mis à trembler de tout corps, elle me frappa pour me faire travailler de nouveau. La nuit fut pénible, j’étais minée par la fièvre. Je réussis, aidée par une camarade, à retourner à l’infirmerie où j’ai fait la queue pendant des heures. Je m’évanouis à nouveau… En me réveillant, je me trouvais sur un grabat sans couvertures.
[…] Je restai quelques jours à l’infirmerie et je repris le travail ainsi que le chemin, matin et soir, pour aller à l’usine et revenir au camp. Le chef d’atelier qui était un civil, me désigna un travail où j’étais assise, ce qui me sauva. C’était en mars 1944.
Le dimanche nous n’allions pas à l’usine mais il y avait toujours une punition pour le bloc des françaises : nous devions soit transporter de grosses pierres d’un endroit à l’autre, soit rester sans bouger devant le bloc pendant des heures. […]
L’hiver 45 fut très pénible, nous étions toutes épuisées de travail, de manque de sommeil et surtout de faim. »

Le camp a été évacué en mars 1945. Léone rentra à Châtellerault le 23 juin 1945.

(1) Bibliographie : FONTAINE Thomas, Les oubliés de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944), Ed. Tallandier.