Témoignage d’Odette Gaucher-Meunier épouse Pantaléon

vendredi 20 mai 2005 dans Résistance dans le civraisien
Odette GAUCHER-MEUNIER épouse PANTALEON Témoignage d’une jeune CIVRAISIENNE dans la RESISTANCE

Document de M. Jacques Rigaud : témoignage inédit sur la résistance

Madame Odette Pantaléon a été décorée dans l’Ordre National du Mérite le 28 août 1992 par M. Marcel Brunier, président des Médaillés de la Résistance de la Vienne.

Odette Gaucher-Meunier, née le 27 juillet 1923 à Courcôme (16) épouse Pantaléon :

RESUME DE MA PARTICIPATION A LA RESISTANCE FRANCAISE.

L’appel du 18 Juin 1940 par le Général De Gaulle nous a convaincu et donné beaucoup d’espoir.
Nous étions une famille de Résistants qui vivaient en zone occupée. La Feldkommandatur se trouvait à 50 mètres de notre domicile et de notre commerce de meubles.
Il nous était très difficile de vivre (couvre feu,...) et d’admettre les faits et gestes de l’occupant et des collaborateurs.
Il fallait agir avec beaucoup de discrétion et de méfiance.

Nos principaux actes ont commençé en janvier 1941 : nous avons hébergé 2 prisonniers évadés. Mes parents leur ont fait passer la ligne de démarcation (avec leurs femmes). Le lieu de passage se trouvait à peu près à 12 km. Le trajet s’est effectué avec la voiture à cheval que nous possédions pour la livraison de meubles.
Ces prisonniers de guerre ont pu rejoindre Marseille et le Maroc.

Début 1942 : Nous hébergeons tout d’abord 2 juifs puis 3 autres recherchés par la gestapo. Nous leur faisons également passer la ligne de démarcation.

11 novembre 1942 : la France est entièrement occupée.

1943 : Les actions dans la Résistance sont devenues plus actives.
Plusieurs résistants sont arrêtés et déportés en Allemagne (certains d’entre eux ne reviendront jamais).
Deux résistants purent échapper à l’arrestation et se camouflèrent dans une maison au milieu d’une forêt...et c’est là que commença pour moi une activité toute particulière, avec ma bicyclette, chaque semaine, consistant à ravitailler en vêtements, argent, fausses cartes d’identité, armes, ... Ces armes, c’est moi-même qui avait été les chercher (je les avais mises dans les sacoches de ma bicyclette) dans le département des Deux-Sèvres, à une quinzaine de km de Civray.
Les deux rescapés changèrent de cachette assez souvent : Que de kms parcourus à la barbe des Allemands !
Malheureusement, un de ces rescapés devait décéder suite à une appendicite, ne pouvant recevoir les soins que son état nécessitait.

Puis vinrent les parachutages d’armes. Elles étaient ensuite camouflées dans une forêt. Malheureusement, les résistants qui reçurent ce parachutage durent quitter précipitamment la région, la Gestapo les recherchait. Leurs épouses (5) furent arrêtées le 21 août 1943 par la Gestapo et incarcérées à Poitiers.
Je reviens à ce parachutage d’armes. Elles étaient camouflées dans un fossé d’une forêt à 15 kms de Civray. Il fallait absolument aller les chercher avant l’hiver puisque ceux qui les avaient reçues étaient partis.
C’est là un point crucial d’une décision et concertation entre trois hommes et 1 femme (moi-même). Comme je l’ai dit au début de ce récit, nous possédions une voiture à cheval. Il fut donc décidé d’aller dans ce bois, de chercher le lieu où se trouvaient ces armes (tâche longue et difficile) et de les ramener dans un lieu sûr en plein centre-ville de Civray.
J’ai d’ailleurs eu énormément de peine à tenir la jument, attachée à un arbre pendant des heures, seule avec elle, pendant que l’on recherchait les armes.
Au total, 1500 à 1600 kg d’armes ont été récupérés et transportés sur 15 km. La voiture à cheval était conduite par mon père et moi-même avec, pour nous protéger, un revolver chacun... Le parcours parut très long. Nous sommes arrivés à Civray terrifiés. Les allemands étaient dans toutes les rues et évidemment la situation devenait très inquiétante... Il faut dire que nous avions mis, simplement, un lit et 1 table pour camoufler les containers. Pour arriver à l’endroit où devait être réceptionnées les armes, il fallait prendre une rue avec une pente assez rude. La jument commençait à être fatiguée et en nage....Quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’un allemand se mit à pousser la voiture avec moi (un grand sourire m’était destiné, je lui rendis bien volontiers...) !
Enfin nous arrivons sans trop de mal et très soulagés croyez-moi. Les armes furent emmurées sous une crèche dans une remise nous appartenant.
(Anecdote : Lors d’un bombardement d’un train d’explosifs et d’essence en gare de Saint-Saviol (à côté de Civray), mi-juin 1944, par des avions alliés, une bombe incendiaire se détacha d’un avion et tomba proche du terrain où la jument prénommée « Coquette » et son petit poulain furent tués. Quelle fatalité et quel chagrin !
Par bonheur, ces armes, quelques mois avant, avaient été distribués à des chefs de Sizaine. Là encore, je me fais remarquer. En effet, à ma grande surprise, c’est moi qui ai trouvé comment enclancher le chargeur sur la mitraillette américaine.

Des mois passèrent. Nos actions étaient ciblées sur le collage d’affiches et le recrutement.
Chaque soir, nous écoutions avec beaucoup d’attention la radio de Londres et les messages destinés à la Résistance. (Un me revient, qui nous concernait : « Les Dieux ont soif »).

Nous découchions souvent. Nous avions également installé une échelle sur le toit de notre maison au cas où la Gestapo serait venu nous arrêter. Il faut bien dire nous pensions constament être dénoncés et arrêtés ! Autour de nous de nombreuses personnes ont malheureusement été arrêtées.

Nous attendions avec beaucoup d’impatience le débarquement. Nous ne savions ni la date ni le lieu. Ce fut en Normandie au matin du 6 Juin 1944. Quelle joie lorsque nous l’avons appris !
Et le 9 Juin 1944 partirent dans les bois 70 hommes. C’était la naissance du maquis D2-Bayard, commandé par Roger Bonnet, lieutenant de réserve et par mon père Georges Gaucher.
Moi, je reste à la maison avec ma mère, malade, et encore plus inquiète qu’auparavant...

La Gestapo, les Allemands (avec des S.S.), des collaborateurs, savaient que pour 70 pères de famille, les femmes étaient sans ressources financières à la maison. Lors de la remise des cartes d’alimentation, elles étaient questionnées sévèrement.

A la libération, le maquis D2-Bayard était constitué de 390 volontaires.


Mon travail consistait, à ce moment là, à être toujours prête à partir, avec ma bicyclette (seul moyen de locomotion), pour aller donner les indications interceptées à la Poste de Civray par des femmes, en qui nous avions totalement confiance, qui y travaillaient et qui, aussitôt, nous les communiquaient.
J’étais agent de liaison (avec le Maquis). Pour maintenir le moral des hommes, j’apportais et distribuais le courrier sous le nez des allemands et réciproquement le courrier des Maquisards (jamais au même endroit).

J’ai assisté à un parachutage destiné au maquis D2-Bayard. C’était très impressionnant. Il était 1 heure du matin et 3 avions larguèrent des containers qui descendirent accrochés à des parachutes.

J’ai vécu les batailles des 26 et 28 août 1944 à Civray, et qui firent 21 morts, puis ce fut la libération pour le département de la Vienne (date officielle le 5 septembre 1944)
Quel soulagement ! Un vrai délire et quelle joie...

Mais voilà, toute la France n’était pas libérée, des poches sur l’Atlantique restaient aux mains de l’ennemi. Des régiments ont été envoyés pour contenir les Allemands qui occupaient ces poches. Ainsi, au mois d’octobre 1944, une compagnie d’une centaine d’hommes ayant appartenu au maquis D2-Bayard, nommée 3ème Compagnie 2ème Bataillon du 125 R.I. (Régiment d’Infanterie), commandée par mon père, le Capitaine Gaucher, fut envoyée pour combattre et contenir les allemands de la poche de La Rochelle. J’étais, moi-même, secrétaire.
Je connus donc une autre aventure, celle de participer avec mes camarades à des actions dans la neige et la boue de l’hiver 1944-45 dans les Marais de la poche de La Rochelle.
Après la reddition des Allemands le 8 Mai 1945, ce fut la victoire. Celle des armées alliées mais aussi celle des résistants français (F.F.I :Forces Françaises de l’Intérieur).
Je rajoute que, le 7 Mai 1945, notre compagnie se trouvait à ce moment là à l’Aiguillon-sur-Mer, face à La Rochelle et à l’île de Ré, et que, par chance, avec mon père et quelques camarades, nous faisions partie d’un commando franco-américain qui, partit de l’Aiguillon, en bateau de pêcheur, débarquer à la Flotte-en-Ré pour libérer l’île de Ré où 2600 Allemands l’occupaient.

Mon père et moi fûmes démobilisés. Nous reprîmes le commerce délaissé pendant tout ce temps là.

54 ans après, je revis toutes ces images qui resteront pour moi des souvenirs inoubliables.

Madame Odette Pantaléon
34, rue Henri Dunant
86400 Civray

Texte adapté de Jacques Rigaud