1 er prix départemental - devoir individuel

samedi 30 septembre 2006 dans Palmarès
Alors que la participation nationale au concours s’est vue réduite de près de moitié, le nombre de candidats dans la Vienne a presque doublé passant de 204 élèves en 2004/2005 à près de 400 en 2005/2006. L’action des associations de Déportés et Résistants , celle de VRID, la volonté de l’Inspection Académique de privilégier ce devoir de mémoire ont permis à ces 400 collégiens et lycéens aidés et guidés par leurs professeurs de participer au concours. Melle Cécilia GIRAULT du lycée Victor Hugo de Poitiers a obtenu le prix en catégorie "devoir individuel". Avec son accord et celui du proviseur, VRID se fait un honneur de publier le texte de son épreuve.
L’association VRID félicite tous les candidats qui ont participé au concours 2005/2006 et les remercie ainsi que leurs professeurs pour cet important travail de mémoire

Thème du concours :"Résistance et monde rural"

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L’importance de la population rurale française est l’un des aspects les moins connus de la Résistance. On constate cependant que le cap des 50% d’urbains n’avait été franchi que depuis 1928. Les campagnes représentaient encore vingt millions d’habitants qui n’étaient pas tous des paysans. Il est aussi bon de casser l’image d’une campagne repliée sur elle-même pour tenir compte de l’importance des échanges que les communautés rurales entretenaient avec « la ville ». On peut se rendre compte que par bien des égards, la population des agglomérations de moins de deux mille habitants en France a eu un rôle spécifique et déterminant dans la Résistance et dans la libération du territoire français. Nous tenterons de l’analyser en montrant comment la Résistance s’est peu à peu organisée dans les campagnes dès la signature de l’armistice par le gouvernement de Vichy jusqu’au tournant qu’ont constituées les années 1942-1943, avant de nous intéresser à la libération et à ses conséquences.

Lorsque le gouvernement de Vichy se met en place en juin -juillet 1940, les campagnes sont au centre de ses préoccupations. La « Révolution nationale » que le Maréchal Pétain instaure dès qu’il obtient les pleins pouvoirs le 10 juillet s’appuie en grande partie sur les valeurs traditionnelles (« travail, famille, patrie » remplace « liberté, égalité, fraternité » ) et le « retour à la terre ». Pétain, le héros de Verdun, est un homme de terroir et il cherche à gagner la confiance des campagnes doublement stratégiques : il s’agit à la fois de s’assurer de leur coopération pour l’alimentation de la population française et de conserver le soutien de la moitié de cette même population. Cependant, les campagnes ont été durement touchées par la guerre, les femmes doivent remplacer les hommes tués ou faits prisonniers, une partie des récoltes de l’année 1940 a été détruite par la guerre et le III ème Reich exige d’importantes contributions à l’effort de guerre.

De nouvelles lois fixées par Vichy sont autant de motifs d’entrer en résistance, on citera la destruction des symboles républicains pour lesquels les anciens se sont battus ; la confiscation des fusils et des armes laissés sur place par l’armée française en déroute, la plupart des ruraux étaient chasseurs et refusèrent de rentrer les armes à la gendarmerie. Dans certaines régions, comme les Cévennes et la Vendée très croyantes et qui connurent pour cela des persécutions dans le passé, les lois antisémites provoquèrent une réprobation quasi-unanime. Il ne faut pas non plus oublier que les arrestations touchaient généralement des personnes connues, amis, familles ou voisins.

Tous ces facteurs peuvent donc expliquer pourquoi, malgré la flatterie exercée par Vichy, les premières actions de résistance spontanées eurent lieu dans le milieu rural. Il est intéressant de nous rappeler d’Etienne Achavanne qu’il fut l’un des premiers condamnés à mort. Le jeune homme de dix-neuf ans avait coupé la ligne de téléphone reliant un aéroport à l’unité allemande chargée de le protéger, ce qui permit à un bombardement britannique de tuer vingt-huit hommes et d’endommager dix-huit appareils. C’est au cours de l’été 1940 qu’apparaissent les premiers mouvements de résistance, cependant la plupart de ces actions ne sont pas organisées. Les mouvements se développent en zone sud comme en zone nord.

Au début, ils diffusent principalement des tracts et des journaux tout en commençant à recueillir des informations pour les services britanniques et des français libres basés à Londres. En zone nord, ils cherchent plutôt à lutter contre les nazis, alors que les mouvements au sud de la ligne de démarcation dénoncent l’idéologie du nouveau gouvernement. Les campagnes sont un peu mises à l’écart jusqu’à ce que les résistants prennent conscience de l’importance du ravitaillement et des possibilités de cachettes ou de passage d’une zone à une autre ou d’un pays à un autre. Les premiers passeurs étaient en effet des gens qui connaissaient parfaitement le terrain, il s’agit donc le plus souvent de bergers, de gardes forestiers, etc. Les Pyrénées devinrent rapidement un point de passage privilégié qui s’appuie sur une tradition de contrebande ancienne et des réseaux de passage déjà existants. Nombreux furent les républicains espagnols qui fuirent le régime de Franco en gagnant la France. Ainsi entre 1940 et 1944, ce furent près de 250 000 personnes, juifs, prisonniers évadés qui passèrent les Pyrénées mais 160 passeurs furent fusillés ou déportés.

Même si la résistance rurale fut plus lente que dans les villes à se mettre en place, elle joua un rôle significatif dans la suite des évènements. Les années 1942-1943 se caractérisent par de profonds changements sur le plan international comme national. On remarque en effet que la Russie soviétique passe dans le camp des Alliés après l’attaque allemande de l’opération Barbarossa. On voit donc les communistes rejoindre les rangs de la Résistance. Par ailleurs, le 11 novembre 1942, la zone Sud est envahie et n’existe alors plus. Sur le plan interne, les mesures contre les juifs de plus en plus radicales incitent certaines personnes comme le Vicaire de Dam Martin à empêcher leur déportation systématique. Avec la complicité des écoles publiques et privées des alentours, il cache des enfants juifs que son réseau soustrait à la déportation. Il est arrêté et déporté mais il survivra à sa déportation. L’une des profondes transformations qui affectent directement les campagnes est la généralisation du STO ( Service du Travail Obligatoire ) à tous les jeunes nés entre 1920 et 1923. Elle entraîne l’ intégration de milliers de jeunes gens aux maquis déjà existants et la constitution de nombreux autres. D’autre part, le durcissement de la politique vichyste marque l’échec de la « révolution nationale ». Lorsque Laval déclare le 22 juin 1942 qu’il « souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme s’installerait partout », le monde agricole se souvient de la Première Guerre Mondiale et n’accepte pas de telles paroles.

Les rangs de la Résistance se grossissent alors de tous ceux qui refusent de partir travailler en Allemagne et des communistes. On assiste à la mise en place des grands maquis. Pourtant parmi ceux qui veulent « se mettre au vert », tous ne désirent pas se battre. Les maquisards doivent alors former ceux qui le souhaitent au maniement des armes mais aussi trouver dans la population locale le soutien matériel indispensable à leur survie. Ils doivent aussi gagner leur silence. Dans la région de Limoges, Georges Guingouin, ancien instituteur communiste qui a refusé de cesser le combat, crée l’un des premiers maquis. Il se surnommera même le « préfet des maquis ». Ce tournant dans la Résistance est aussi l’époque où l’on se rend compte que l’on ne peut être sans les campagnes et que leur soutien sera indispensable à la libération du pays. Ainsi, 32 % des tracts envoyés par Londres leur sont destinés alors qu’ils ne représentaient que 4 % en 1940. Cette époque est également celle de l’union des différents courants au sein d’une même grande organisation, le Conseil National des Maquis, gérée par de Gaulle. Il parachute Jean Moulin et Scaramoni en Corse pour unir Libération-nord, Combat, Libération-sud, les FTP ( Francs-tireurs et Partisans ) , le Front National( celui de la Libération…).Scaramoni sera arrêté, torturé et il se suicidera en prison en écrivant avec son sang « Vive la France » et « Vive de Gaulle ». La Corse connaît un statut particulier. Effectivement, après la disparition de la zone sud, elle est occupée par les troupes italiennes qui anéantissent les mouvements et réseaux. Seul le Front National parvient à se relever. Les corses prennent donc massivement le maquis, surtout après la fin de la guerre pour l’Italie qui intervient le 9 septembre 1943.

L’entrée en résistance augmente donc nettement durant ces deux années, il peut cependant paraître nécessaire d’apporter quelques nuances : si le nombre de maquisards s’accroît, cela ne fait pas forcément le jeu des populations civiles. Elles sont non seulement mises à contribution pour fournir nourriture et vêtements mais elle doivent également subir les représailles de la Milice et des nazis. Néanmoins, les résistants peuvent s’appuyer le plus souvent sur les populations rurales. Les représentants de l’ordre, gendarmes et maires ferment les yeux ou même aident les hors-la-loi ; les médecins soignent les blessés et établissent des certificats de complaisance pour éviter le travail en Allemagne de ceux du STO ; les commerçants et transporteurs permettent la diffusion d’informations ou le transport discret d’armes, d’hommes ou de marchandises ; les secrétaires de mairie font de faux papiers pendant que les curés établissent de faux certificats de baptême…Pourtant, dans certaines communes comme celle de Sarlenes dans le Var, le maire dénonça deux résistants qui furent arrêtés. On assista à un soulèvement de la population qui obligea le maire à démissionner.

La formation des maquisards, estimés à cinq mille en zone nord et à six mille en zone sud, et leurs actions précipitèrent la Libération de la France.

Depuis l’hiver 1943, on s’attend d’un moment à l’autre à un débarquement. En Corse, la situation a d’ores et déjà tournée en faveur des insurgés qui prennent le contrôle de l’île fin 1943. La Corse est le premier territoire libéré, qui plus est, sans l’aide extérieure. Pour la métropole, il faut attendre le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 pour assister aux plus grandes actions des résistants. Dans certaines régions, ils sont devenus suffisamment ( ) pour prendre le contrôle, c’est le cas du Morbihan où le maquis de Saint Marcel de Morbihan est formé de jeunes du STO ainsi que d’anciens officiers de l’ORA et des Républicains espagnol. Les FFI et les FTP ont été estimés à cent cinquante mille hommes par l’état major allié. Ils ont pour mission de faciliter la progression alliée en ralentissant celle des allemands par des sabotages de lignes électriques ou des voies de communication. Les maquis avaient appelé tous les hommes des alentours à les rejoindre. On vit alors des trains entiers d’hommes décidés à se battre se diriger vers le sud de la France ou la région centre.

A la Libération, le gouvernement provisoire chercha à rétablir le plus rapidement possible la démocratie sur le territoire, en dehors de quelques affrontements entre quelques comités locaux, cela fut fait sans problèmes majeurs en quelques semaines. Certains voulurent juger au plus vite les « collabos » et organisèrent des tribunaux de campagne, c’est le cas de Palmiers qui jugea et condamna à mort quelques deux cents personnes. La restauration de la démocratie entraîne des réformes importantes dans le monde rural, on peut parler en particulier de la politique agricole de Tanguy-Prigent. Tanguy-Prigent, député de la Corrèze et fils d’agriculteur devient ministre de l’agriculture à la Libération. Il réforme les statuts, créant ainsi le fermage et le métayage, instaure l’enseignement agricole, incite à la modernisation des techniques par la mécanisation, l’utilisation de nouvelles semences et des engrais. Le 29 avril 1946 ont lieu les premières élections municipales de l’après guerre et les femmes votent. La Résistance a connu des pertes importantes,on estime à vingt mille le nombre de fusillés, à trente mille, celui des emprisonnés et torturés et à plus de soixante mille, le nombre de déportés. On recense deux cent soixante six réseaux de renseignements officiellement reconnus, soit environ cent mille hommes. La résistance a permis un brassage culturel important ainsi que l’intégration de femmes comme Lucie Aubrac, même s’il faut reconnaître qu’elles étaient souvent cantonnées à des tâches peu importantes.

La résistance a pris bien des formes durant la Seconde Guerre Mondiale. Il est néanmoins important de montrer que le milieu rural, loin d’en être absent en a été l’une des principales constituantes malgré l’intérêt stratégique que lui portait le gouvernement de Vichy. Elle a touché la France entière même si l’on peut remarquer qu’elle se répartit inégalement selon la répression vichyste et nazie, les intérêts et les principes de chaque communauté mais aussi selon la géographie des lieux. Il était en effet plus facile de créer un maquis en Auvergne,milieu montagneux et relativement sauvage qu’à proximité d’une grande ville. On constate également que le prix à payer fut parfois extrêmement lourd. Ce sont près de soixante-dix-sept mille résistants qui trouvèrent la mort pour avoir continué le combat. Il est intéressant de s’interroger sur la sous représentation dont a été victime la résistance rurale dans l’Après Guerre,beaucoup ne firent pas la demande de leur carte de résistant qui leur revenait pourtant de droit, peu d’entre eux restèrent célèbres. Et si la Résistance française fut l’une des plus actives, il ne faut pas négliger que tous les pays envahis par Hitler et en Allemagne même, la résistance tenta de lutter, parfois avec succès, comme en Yougoslavie, contre le pouvoir illégitime.

Cécilia Girault