André-Louis BERNARD (1921-2002) du commando KIEFFER - Barettes "engagé volontaire", "Norvège", "mer du nord"," Manche", "Allemagne" et "Libération"

jeudi 5 juin 2014 dans Libération
La ville d’ Ouistreham a été choisie en 2014 pour commémorer le 70 ème anniversaire du débarquement. Léon Gautier, camarade de combat d’André - Louis Bernard et les 10 autres survivants du « 4 commando » de Kieffer rappelleront les faits de cette historique journée du 6 juin 1944.

André BERNARD 23 ans et 50 ans plus tard(Centre Presse)

André BERNARD, sa mère et ses 2 sœurs(coll.famille)

Commando KIEFFER(blog Léon Gautier)

André BERNARD à droite(coll.famille)

Commandos embarquent sur les LCI(blog Léon Gautier)

Le départ est donné(blog Léon Gautier)

D Day 6 juin 1944(blog Léon Gautier)

Un char vient aider les commandos à Ouistreham(blog Léon Gautier)

A Bénouville, jonction descommandos avec les paras de la 6ème Airborne(blog Léon Gautier)

Hubert Faure ancien du commando Kieffer(100 ans en 2014)

Né le 14 février 1921 à Lille, André-Louis Bernard s’engage dès l’âge de 17 ans le 10 mars 1938 dans la Marine.
Formé dans « Le Groupe des Recrues » il sera ensuite affecté à bord du « Duquesne » puis du « Chevalier Paul ». Il participera d’avril à juin 1940 au transport des chasseurs alpins et des légionnaires de la 27ème brigade engagés dans la bataille de Narvik en Norvège. Il retourne à Toulon.

Il décide de rallier les forces françaises libres en Angleterre et est affecté le 14 juillet 1942 dans les FNFL (Forces Navales de la France Libre).

Le général de Gaulle et l’enseigne de vaisseau Kieffer qui a rejoint l’Angleterre dès le 19 juin 1940 réussissent à persuader le commandement britannique de constituer un commando exclusivement français. Le général Haydon conscient qu’un raid en France par des personnels parlant Français serait un atout donne son autorisation en avril 1942. Une quinzaine d’hommes des FNFL est d’abord rassemblée au camp de Camberlay. Mais le groupe s’étoffant, l’entraînement se fait ensuite au château d’Achnacarry en Ecosse.
La formation y est draconienne. Marches forcées de 30 km avec un barda de 35 kg, plongées, progressions à tirs réels, escalades, entraînent les personnels aux missions difficiles et dangereuses. Seuls 50% de l’effectif sont retenus à l’issue de cette sévère sélection. Quinze Français participent dès le 19 août 1942 à la tentative de débarquement à Dieppe lors de l’opération « jubilé » qui se soldera par un désastre. En 1943 le 1er Bataillon de Fusiliers Marins est constitué de trois « troops » N1, N8 et la KGUN une section d’appui. Des raids sont organisés jusqu’en 1944 notamment pour faire des prélèvements de sol nocturnes sur les plages normandes.
En mai 1944 l’entraînement est spécifique en fonction d’une maquette reconstituée grâce aux renseignements de la résistance française. Mais l’un des commandos, un normand, reconnaît la maquette du casino d’Ouistreham. Tous les personnels sont alors consignés et gardés par les MP (Military Police) de peur que le secret ne soit divulgué.

Le 4 juin 1944, les 177 Français du « 4 commando » menés par Kieffer devenu capitaine de corvette embarquent dans deux LCI transports de troupes (Landing Craft Infantry). Ils connaissent parfaitement leur mission : conquérir les plages d’Ouistreham Colleville-Montgomery, nom de code « Sword Beach» et neutraliser les défenses de la plage.
«Les pronostics n’étaient guère encourageants. Lord Lovat qui commandait la première demi-brigade nous avait prévenus que beaucoup d’entre nous n’en reviendraient pas vivants ».Le jour J, prévu le 5, est reporté au 6 juin à cause du mauvais temps qui empêche toute couverture aérienne. La traversée de la Manche est pénible car beaucoup sont malades. Cependant André-Louis Bernard relate : «A bord nous étions calmes et sereins, serrés les uns contre les autres dans l’entrepont. »
A 7 heures 20 dans le vacarme assourdissant des avions larguant leurs bombes et le tir de barrage des canons de la flotte, les LCI s’approchent de la plage. Les Britanniques ralentissent pour que les Français foulent les premiers leur sol natal. Les tirs ennemis atteignent les LCI et André-Louis Bernard saute à l’eau sous la mitraille ennemie. Près de lui son meilleur ami est déchiqueté par les rafales de mitrailleuses. «Je ne pensais à rien à ce moment. Il fallait foncer sans s’attarder auprès des blessés. Les ordres étaient clairs : la mission avant tout. » La plage est vite investie mais les commandos sont stoppés devant le casino transformé en blockhaus qui surplombe la plage. La position devient difficilement tenable. C’est alors que le commandant Kieffer exige l’appui d’un char dont le canon neutralise vite la position allemande. Vers 11h cette première mission est accomplie mais au prix de nombreux tués et blessés dont Kieffer atteint deux fois.
Les hommes sont vite regroupés pour relever les parachutistes de la 6ème Airborne du major John Howard qui ont atterri dès minuit à Bénouville à bord de leurs planeurs. Mais la progression du « 4 commando » est retardée par des snippers allemands camouflés dans les arbres qui leur infligent encore des pertes. Cependant, Britanniques casqués et Français arborant le désormais célèbre « béret vert », précédés de la cornemuse de Bill Millin, atteignent « Pégasus Bridge » surnom britannique du pont de Bénouville. Le soir ils prendront position à Amfreville. Le bilan des pertes françaises lors de cette première journée s’établit à 10 tués et 34 blessés.

André-Louis Bernard et tout le « Commando Kieffer » vont participer à la bataille de Normandie jusqu’au 27 août 1944 avant d’être rapatriés en Angleterre. Mais après une longue permission de détente, l’entraînement reprendra pour d’autres interventions. Le bataillon reconstitué est débarqué sur l’île de Walcheren pour participer aux combats en Hollande et plus tard en Allemagne. André-Louis Bernard sera démobilisé le 17 septembre 1945. Il rappelle que sur les 177 commandos il a fait partie des 24 qui n’ont reçu aucune blessure. .

Il se fixera à Poitiers et repose depuis décembre 2002 au cimetière de Saint-Pierre de Maillé.



Rédigé par Louis-Charles Morillon

Sources :
Remerciements à Madame Chantal Brunet –Bernard, fille d’André-Louis Bernard, pour son aimable communication de documents.
CD « Conférence papa et Sébastien » école de Pouzioux la Jarrie.
Centre Presse 27 avril 1994 ,3 juin 1994,5 juin 1994.
Documents de la Marine Nationale.
FR3 Basse Normandie mai 2014 « le débarquement en 10 questions ».
« Blog de Léon Gautier » (camarade d’André-Louis Bernard au « 4 commando »)