Les Comités Départementaux de Libération. Le CDL de Poitiers

dimanche 15 janvier 2012 dans Libération
Alors que l'armée allemande a commencé à quitter la ville de Poitiers depuis le 26 août 1944, Lucien Sommen raconte comment le 5 septembre 1944 des résistants viennent libérer la ville vide de ses occupants. Poitiers est l'exemple d'une ville qui fut donc, et c'est heureux, libérée sans combat. Un Comité Départemental de Libération va être constitué.

Commerce extérieur (manuscrit A. Brichet)

Lettre d'Albert Foisnet à Alphonse Brichet

Commission d'Action Sociale du CDL

Les leçons de la terreur

Nous aurons notre passerelle

Liste du CDL (septembre 1944)

Les Comités Départementaux de Libération.
Le CDL de Poitiers.

Les Comités Départementaux de Libération avaient pour mission de préparer, dès la libération, la tâche des pouvoirs publics. Ce travail était confié à un noyau actif, restreint, mais essentiel qui devait regrouper des représentants des mouvements de résistance, des grandes organisations ouvrières et éventuellement des personnalités locales dont l’attitude patriotique aurait été fondée. Pour compléter ce dispositif, les commissaires de la République furent chargés du rétablissement de la liberté républicaine. Ils devaient faire le lien entre le gouvernement parisien et les CDL. Ils devaient empêcher ces structures d’outrepasser leur mission en instaurant des pouvoirs parallèles. Mais parti communiste (le parti des fusillés comme on l’appelait à l’époque) et FTPF se montrèrent dans l’ensemble loyaux et Maurice Thorez approuva la dissolution des milices patriotiques dès le 28 octobre 1944 mettant ainsi fin à la crainte des gaullistes qui redoutaient une révolution insurrectionnelle communiste.

« Les milices patriotiques ont eu leur raison d’être avant et pendant l’insurrection contre l’ occupant hitlérien et ses complices vichystes, mais la situation est maintenant différente. La sécurité publique doit être assurée par les forces régulières de police constituées à cet effet. Les gardes civiques et d’une façon générale les groupes armés irréguliers ne doivent pas être maintenus plus longtemps…Les comités de libération locaux ne doivent pas se substituer aux administrations municipales et départementales pas plus que le CNR ne s’est substitué au gouvernement. La tâche des comités de libération n’est pas d’administrer mais d’aider ceux qui administrent. Elle est surtout de mobiliser, d’entraîner et d’organiser les masses pour l’accomplissement maximum de l’effort de guerre, pour le soutien du gouvernement provisoire dans l’application du programme élaboré par la résistance. »

in déclaration au comité central janvier 1945 par Jacques Duclos mémoires t 111 Fayard 1970.

Le comité de libération de Poitiers (zone sud)

Jean Schuhler est commissaire de la République. Il propose René Savatier éminent professeur de Droit à la faculté de Poitiers mais également résistant depuis 1942 à la présidence du CDL. C’est Albert Foisnet professeur de mathématiques à Montmorillon responsable du parti communiste clandestin entré dans la clandestinité en 1943 dans le maquis Amilcar des FTP qui devient secrétaire général du CDL. Un noyau d’une vingtaine de membres constitue le CDL (in archives de la Vienne 112 W). Rappelons, dans ce contexte poitevin très particulier, qu’une méfiance mutuelle anime à ce moment, gaullistes et communistes. En effet René Savatier a soutenu publiquement les candidats hostiles au Front Populaire en 1936. De plus le maire de Poitiers à cette époque est Jacques Masteau qui le 10 juillet 1940 a voté les pleins pouvoirs demandés par Pétain. Il sera en 1941 nommé par Vichy maire de Poitiers, fonction qu’il occupe jusqu’en 1944.

Ce contexte du département de la Vienne qui a géré le camp de Rouillé réservoir d’otages communistes et qui a eu 130 fusillés, en majorité communistes, à la butte de Biard peut expliquer ce climat tendu à la libération. Comment ne pas comprendre que les communistes aient voulu une épuration rapide notamment dans l’administration. Comment ne pas comprendre que les Gaullistes aient voulu éviter une justice rapide source d’erreurs et de fractures ce qu’évoque Louis-Charles Debelle dans son article « Ce poison qui est en nous » dans «Le libre Poitou » du 30 octobre 1944 (archives de la Vienne).
Mais les articles de l’hebdomadaire communiste « le Patriote Poitevin » dont le gérant était Alphonse Brichet à cette époque répondent à ceux du « Libre Poitou » dans cette démocratie retrouvée. Cet article « Les leçons de la terreur »-pages d’histoire-N° 23 du « Patriote poitevin » montre l’âpreté mais aussi la qualité des confrontations.
Cependant les uns et les autres, conscients de la tâche immense qui les attend, se mettent au travail avec une égale ardeur. Douze commissions sont créées (in archives départementales de la Vienne avril 2005 p 18). Du 9 septembre 1944 au 10 janvier 1946 les 20 membres du CDL vont participer aux séances plénières.

L’épuration, les transports, le ravitaillement, la production et le commerce sont des priorités.
Rappelons que les tickets d’alimentation resteront en vigueur jusqu’en 1948 et les membres du CDL s’emploieront à condamner les fraudes et encadrer la distribution.
Rappelons aussi qu’il faut restructurer et réindustrialiser une France détruite par les combats et les bombardements et pillée tant par les occupants que par les « collaborateurs ».

« Gagner la bataille de la production est aussi important que d’avoir gagné la bataille de la libération .Si nous perdions la bataille de la production nous perdrions le bénéfice de notre victoire et de la libération. Nous laisserions les forces mauvaises, les forces de la collaboration qui sont là qui nous guettent reprendre l’initiative. »
in Benoît Frachon,rapport de la CGT du 12 novembre 1944.

A Poitiers, c’est Alphonse Brichet qui est notamment chargé de certains dossiers concernant :
L’action sociale.
Le commerce intérieur.
Le commerce extérieur.

Dans cette période troublée de la libération, le grand mérite des CDL malgré les divergences d’opinion de leurs membres est certainement d’avoir su, dans la démocratie retrouvée, unir leurs efforts pour remettre la France en mouvement.


Rédigé par Louis-Charles Morillon

Les sources :
- Articles du « Libre Poitou » du 8 septembre 1944, du 3 octobre 1944, du 30 octobre 1944.
- « Le Patriote Poitevin » N°23 du 4 février 1945.
- Documents personnels de Louis-Charles Morillon.(action sociale, commerce intérieur et extérieur - Alphonse Brichet)
- Archives du département de la Vienne.
- Internet :cliotexte et VRID (articles mis en ligne le 18 août 2004 et le 15 décembre 2003