Irène BRUNEAU, déportée et les familles engagées dans la Résistance dès les années 1940 à ARCHIGNY (Vienne)

lundi 28 janvier 2013 dans Itinéraires
Léon BRUNEAU, de la classe 1907, est rappelé sous les drapeaux par le décret de mobilisation du 1er août 1914, et participe à la campagne contre l'Allemagne. Blessé dans la Meuse le 25 aout 1915, par une balle à la main droite et à la cuisse, il est amputé d'un pouce et maintenu jusqu'au 4 juillet 1917(1). Dès son retour, il fonde une famille avec Irène DELAVEAU née le 20/1/1896 à La Roche-Posay, et fait prospérer l'exploitation agricole de 80 hectares à Chaumont -86- ARCHIGNY. Il s'engage dans la vie associative rurale et est élu conseiller municipal d' Archigny. Il est délégué pour administrer en 1940, la fraction en zone libre à l' Ecole de la Croizace, antenne de la mairie d'Archigny.

Irène BRUNEAU 1938

Léon BRUNEAU

Carte d'invalidité Irène Bruneau

 

La commune est coupée en deux zones, par la ligne de démarcation, «frontière» décidée par l'article de la Convention d'Armistice le 22 juin 1940, et supprimée le 1er mars 1943, les Allemands occupant l'ensemble du territoire français. Ce lieu et cette fonction stratégiques vont conduire cette famille de patriotes à la lutte clandestine contre l'occupant. Dès 1941-42, il réalise les faux-papiers indispensables pour fuir la zone occupée. Il adhère au réseau Marie Odile créé en 1941 et actif jusqu’en 1944. Il s'agit de cacher, nourrir, approvisionner des aviateurs alliés dans leur ferme et de les aider à rejoindre les lignes arrières. En novembre 1943, il entre en contact avec le Service National Maquis sous les ordres du Chef départemental de la Vienne, crée en plein bourg d'Archigny un maquis isolé d'une quarantaine d'hommes , il est nommé agent d'arrondissement. Irène BRUNEAU n'hésite pas à prendre une part importante de responsabilité dans l'activité clandestine de son mari. Elle apporte une collaboration précieuse en exécutant les différentes liaisons avec les chefs d'équipe, assurant l'organisation, la sécurité des réunions. Menant une propagande gaulliste acharnée, elle est un agent efficace. Elle héberge, soigne, habille des prisonniers évadés, des réfractaires STO et participe au convoyage avec courage.
Le matin du 6 janvier 1944, le cortège des voitures noires de la Gestapo stoppe au domicile familial, Irène est arrêtée par mesure de répression ainsi que leur fille Suzanne, 17 ans, par les Autorités nazies d'Occupation. Par son sang-froid, elle permet la fuite de son mari et de ses fils cadets Jacques et Charles réfractaires; les hommes de la famille restent cachés jusqu'à la libération. Elles sont conduites à la prison de la Pierre Levée à Poitiers où les interrogatoires commencent. Suzanne est internée 4 mois puis libérée. La vie d'Irène BRUNEAU, 48 ans, bascule, sa destination demeure inconnue, elle va connaître alors le parcours singulier de l'univers concentrationnaire.
Un couple d'amis, voisins de quelques kilomètres, connaît des horreurs identiques. Denise et Paul Jallais sont arrêtés à leur domicile, le même jour, le 6 janvier 1944. Ils sont également internés à la prison de la Pierre Levée à Poitiers et tous les deux déportés, Denise Jallais par le convoi n° 1189 et son époux Paul Jallais par le convoi n° 1206. En date du 27 avril 1944, au départ de Compiègne, Paul Jallais est déporté successivement à Auschwitz puis à Buchenwald puis à Flossenburg et enfin Floha où il décède le 15 avril 1945. (2).
D'autres arrestations ont lieu ce 6 janvier 1944 à Poitiers, Félix Blondeau puis dans la matinée sa femme Marthe pour avoir hébergé en août 1943 des aviateurs anglais, et Jean Blanc ainsi que Clotilde sa femme.(1)
L'internement à la Pierre Levée est ponctué d'interrogatoires réalisés par les Allemands. Irène BRUNEAU ne parle pas. Malgré l’isolement et les durs traitements, elle ne livre aucun renseignement. Dans la nuit du 28 février au 1er mars, elle est convoyée au Fort de Romainville accompagnée de Clotilde Blanc, Marthe Blondeau, Gabrielle Fritz et Denise Jallais. Elle est transportée à partir de Paris le 16 mars 1944, (transport I.189) vers les prisons du Reich pour être jugée. Ce transport de 51 femmes s'arrête à Aix-La-Chapelle, Essen, Hannovre, Hambourg et s'achève à Ravensbruck le 5 avril 1944(2). Elle reçoit le numéro matricule 34107 qu'elle doit prononcer en allemand. Elle est installée dans le Block15 puis le Block27 et enfin le Block32, celui des «NN». Le décret nazi de décembre 1941 « Nuit et Brouillard » traduit une punition spécifique pour des adversaires des nazis dans les pays occupés et prévus pour intimider les populations locales dans la soumission en niant toute connaissance de ce qui leur était arrivé : les NN sont des «disparus»). Sans relâche, elle est confrontée à la brutalité systématique des SS et des femmes kapos, à la promiscuité, à la faim. Le 2 mars 1945, un convoi la transfère avec ses amies NN du Block32 à Mauthausen, camp d'hommes, son matricule est le 1375. Le 22 avril 1945, elle est libérée par la Croix Rouge Internationale, le transport en camion s'effectue pendant 3 jours vers Saint Gall en Suisse ; enfin, elle arrive en gare de Châtellerault. De par son état de santé précaire dû certainement en grande partie aux souffrances de l’internement et de la déportation, elle décède en novembre 1956.
Sous-lieutenant de l'Armée civile, femme de conviction, l'engagement contre l'occupant et l'humanisme ont été les moteurs de son action. Sa détermination, son courage mais aussi son sens de l’organisation, tout comme son humilité et son renoncement, firent d’Irène Bruneau un efficient agent de la Résistance.
Elle reçoit le 21 août 1946 le diplôme de reconnaissance des Anglais remis par le Colonel Carr à la Préfecture de la Vienne.
La citation pour la médaille de la Résistance délivrée par décret du 31 mars 1947 paru au Journal Officiel du 26 juillet 1947, est la suivante :
<< Transforme sa maison en un véritable centre d'accueil de réfractaires et fabrique des faux-papiers.
Entre au Service National Maquis en novembre 1943 comme agent de sécurité et intendante du maquis d'Archigny.
Arrêtée après la fuite de son mari le 6/1/1944 ne livre aucun renseignement à la Gestapo malgré les traitements>>.(3)


          Rédigé par Jacqueline Bruneau, petite-fille d’Irène Bruneau

Sources :
1 : Archives départementales de la Vienne ( 1825 w 24 dossier 3744, 105w3, 160w129 ) –
2 : Livre mémorial de la déportation par répression (Fondation pour la Mémoire de la Déportation)
3 : Archives de la Commission de la Médaille de la Résistance -51 Bd de la Tour Maubourg – 75700 PARIS