L'espoir venu du ciel

vendredi 16 septembre 2016 dans Résistance
Dès septembre 1940 une unité de parachutistes français est créée au sein de la France Libre. Le capitaine Bergé est responsable de cette formation qui interviendra notamment dès 1941 en Bretagne. En 1942 le général de Gaulle accepte que cette unité soit intégrée dans les SAS britanniques (Special Air Service). Ces forces spéciales sont entraînées à la guerilla derrière les lignes allemandes. A partir de 1943 ils suivront en Ecosse un entraînement spécial pour être parachutés, de nuit, en France lors du débarquement nom de code « Overlord ». Leur mission : saboter les points stratégiques et retarder par des coups de main avec l'aide de la résistance française les renforts allemands vers la Normandie.

Inauguration exposition "Les SAS dans la Vienne" 1er mai 2015 au Musée à Tercé. Denis Dérout est présent, 2ème en partant de la droite.

extrait de l'exposition "Les SAS dans la Vienne" : décret d'Hitler

En juin 1944, Denis Dérout appartient à un groupe structuré. Il dépend de la première compagnie commandée par un instituteur, le capitaine Vincent Moizan. Cette compagnie est rattachée au 5ème bataillon FFI du Morbihan commandé par un autre instituteur Jean Le Coutaller.
Le 5 juin, par petits groupes, les jeunes maquisards font mouvement vers une destination connue de leur seul chef de groupe. C'est Aimé le Bouëdec qui en est chargé. A bicyclettes, réquisitionnées par le maquis, ils rejoignent leur première étape. Une fois le mot de passe donné « Dingson France » on leur indique alors l'étape suivante. D'étape en étape après une centaine de kilomètres par des petites routes peu empruntées, ils arrivent le soir du 6 juin au camp Saint-Marcel à la ferme de « La Nouette ».A la stupeur des jeunes maquisards ce sont des gendarmes au brassard des FFI qui les accueillent au camp.
Le lendemain,7 juin, ils ont la grande joie de découvrir les premiers parachutistes français « les SAS » largués la nuit du 5 au 6 juin pour former les groupes de résistants à la réception des parachutages, au maniement des armes reçues, aux sabotages et aux accrochages avec l'ennemi.
La nuit du 9 au 10 juin, Denis Dérout assiste à la réception d'un nouveau stick (équipe de parachutistes). Un parachute bleu, blanc, rouge se distingue mal dans la nuit, c'est celui du commandant Bourgoin « Le manchot » qui a perdu un bras en Tunisie. Le commandant Bourgoin devient colonel car les gradés à leur départ d'Angleterre recevaient le grade supérieur dès qu'ils foulaient le sol de France. Denis Dérout nous apprend qu'ils recevaient leurs nouveaux galons lors du parachutage. Le colonel Bourgoin est surpris par le nombre de maquisards rassemblés au camp de Saint-Marcel mais aussi par leur inorganisation. Il dira plus tard « j'ai atterri dans une grande Kermesse ». Les SAS encadrent systématiquement les maquisards dans leurs activités.
Le 10 juin, Denis Dérout et le capitaine SAS Marienne se rendent à Ploumelec en reconnaissance d'un observatoire allemand qui est une menace pour le camp. L'observatoire à ce moment est vide de tout occupant.
Le camp de Saint-Marcel qui regroupe plus de 3000 hommes est trop important et cette concentration est donc trop menacée. Londres décide alors de sa dispersion dans d'autres bases à créer.
Le 13 juin, dix SAS et dix FFI dont Denis Dérout sous les ordres du capitaine Deplante quittent Saint-Marcel pour former une nouvelle base, nom de code « Grock », à la ferme de Kerusten sur la commune de Saint-Caradec. Ils s'entassent dans deux camions réquisitionnés par le maquis et roulent de nuit pour éviter les contrôles allemands. Cependant ils rencontrent deux soldats allemands que les SAS mitrailleront. Denis Dérout retrouve à la ferme de Kerusten certains camarades du lycée de Lorient et son professeur de physique chimie devenu le capitaine Mansion. Ils oeuvreront en Bretagne jusqu'à la fin de la Libération.
Le 18 juin, les Allemands attaquent le camp de St-Marcel. La bataille dure toute la journée malgré l'appui de l'aviation demandée par le colonel Bourgoin. Les maquisards et les SAS profitent de la nuit pour se disperser. Le 19 juin le capitaine Marienne et son groupe dénoncés sont alors pris par les miliciens et les Allemands et massacrés.
On retrouve également un autre SAS poitevin le lieutenant Bernard Harent natif de Montmorillon parachuté le 10 juin il est tué lors d'une attaque à Plumelec le 13 juin.

Parallèlement à l'opération « Dingson » en Bretagne, dans la nuit du 2 au 3 août 1944 dans la Vienne, les SAS français commandés par le capitaine Simon sont également parachutés à Luchapt au cours de l'opération « Moses ».Ces SAS français vont prendre le relais des SAS britanniques de l'opération « Bulbasket » commandés par le capitaine Tonkin et qui ont été massacrés par les nazis à Verrières. Le Châtelleraudais Maurice Obadia spécialiste radio fait partie du 3ème SAS français parachuté avec l'aspirant Liblin et ses camarades Charles Godeau et Jean Denis. Ils vont donner à Londres tous les renseignements sur les mouvements des troupes nazies, multiplier les sabotages et préparer les parachutages. Au cours d'une attaque à Coussay-les-Bois, le 4 septembre 1944, Maurice Obadia criblé d'éclats de grenade et atteint par un tir de mitrailleuse est laissé pour mort. Opéré à Châtellerault il survit à ses blessures. Il repose aujourd'hui au cimetière de Châtellerault.

Sur tout le territoire français à cette époque, les troupes nazies guidées par la milice et la police de Vichy sentant la fin proche laissent libre cours à leur haine et leur cruauté. Un décret secret d'Hitler 003830/ 42g kdos/okw/west en violation des lois de la guerre stipule que les SAS doivent être traités comme terroristes et que tout prisonnier doit être immédiatement exécuté. Les commandos résistants et SAS se déplacent chaque jour afin d'échapper aux dénonciations et à la traque de l'ennemi. Ce climat exacerbe les comportements et explique en partie les nombreuses exactions commises à cette époque.


Rédigé par Louis-Charles Morillon

Sources:
Témoignage de Guy Dérout mai 2016.
Article NR David Portier 2010
Exposition « SAS été 1944 » Musée 2ème Guerre Mondiale à Tercé.

Iconographie:
Panneaux de l'exposition « Les SAS dans la Vienne - été 1944 », Musée 2ème Guerre Mondiale à Tercé (pièce jointe).