La prison de Wolfenbüttel

mercredi 23 janvier 2008 dans Le réseau Louis Renard
Les renseignements ci-joints sur la prison de WOLFENBÜTTEL et sur Louis RENARD ont été fournis par M. Jean-Luc BELLANGER. M. Jean Luc BELLANGER, étudiant au Lycée d’ANGERS, déporté en Allemagne, arriva à la prison de Wolfenbüttel, le 20 AOUT 1942. Il y fut employé durant tout son séjour à la bibliothèque et à l’Infirmerie. A sa connaissance, les premiers prisonniers "secrets" arrivèrent à la prison de Wolfenbüttel, en mai 1943. Ces prisonniers - numérotés - ne devaient pas rentrer en relation avec les autres.

Plan de la prison

Plan du bâtiment de la guillotine

RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR M. J.L. BELLANGER
AU SUJET DE LA PRISON DE WOLFENBÜTTEL (SUD DE BRUNSWICK) EN 1943 QUAND
LOUIS RENARD ET SES CAMARADES Y FURENT INCARCERES ET EXECUTES


1) PLAN DE LA PRISON DE WOLFENBÜTTEL :



1- Bureaux
2- Magasin d’Habillement
3- Chaufferie
4- Terrain de sport (en culture depuis 1940)
5- Cuisines, écuries, ateliers, jardins
6- Bâtiment rouge (Maison II)
7- Bâtiment gris (Maison l) et 7 Bis - infirmerie et église, transformées en ateliers d’optique pour la Maison Voigtlander où travaillaient les détenus.
8- Vieux bâtiment (Maison III )
9- Infirmerie
10- Bâtiment de la guillotine.


2) PLAN DU BATIMENT DE LA GUILLOTINE




I - Entrée
2 - Cellules des condamnés à mort (utilisées seulement quand il y avait qu’un ou deux condamnés - ce qui ne fut pas le cas pour l’affaire de Poitiers. Une grille sépare dans chaque cellule, le condamné de son gardien.
3 - Salle de la commission.
4- Table autour de laquelle siégeait la commission (table drapée de noir)
5 - Tenture noire séparant la salle de la commission de la salle de la guillotine.
6- Salle de la guillotine.
7- Guillotine.
8- Salles annexes.

3) REGIME DE LA PRISON


-Tenue des prisonniers :
Salopette et pantalon en toile bleu foncé
Sabots (pantoufles à semelles de bois)
Les effets personnels des prisonniers étaient déposés au Magasin d’Habillement de la prison. Ce magasin a été pillé par les prisonniers au moment de la libération.

- Cellules
2 m 50 x 4 m. et 2 m30 de hauteur, 24 m3
1 fenêtre de 1 m 2 et 1/2 fenêtre formant vasistas.
1 lit avec sommier métallique - matelas en 3 pièces
1 drap - 1 sac en toile - 2 couvertures.
1 cuvette W.C, avec eau courante,1 robinet
1 armoire

- Emploi du temps
- 5h ½ - ouverture des cellules - balayage -
- 3/4 litre café - 2 tranches de pain de 100 gr. chacune.
- 7 H. - travail pour usine d’ optique Voigtlander.
- 12 H. - retour en cellule -
- déjeuner : 3/4 d’heure -
- 1 litre soupe ou pommes de terre
- 1/2 litre légumes
- 12 H 45 - reprise du travail jusqu’à 17 H. 30
- 18 H. - cellule - dîner -
- 3/4 litre soupe et 1 tranche de pain de 100 gr.
- id. - (2 fois par semaine)
- 300 gr. de pain, 50 gr. de margarine, 50 gr. saucisson.
- 19 H. 30 - coucher.

4) REGIME DES CONDAMNES A MORT

Le condamné est seul dans sa cellule nue, menottes aux mains. Il couche par terre sur un matelas avec 2 ou 3 couvertures. Les châssis du lit et l’ armoire sont enlevés.
Il se promène 1/2 heure par jour.

5) CEREMONIAL DES EXECUTIONS

Le délai qui s’écoulait entre les jugements et les exécutions était toujours long (plusieurs semaines à plusieurs mois)
Les condamnés étaient prévenus du rejet de leur pourvoi vers 15 ou 16 h. Ils recevaient des cigarettes et des sandwichs, et vers 18 h. de la soupe à volonté. Les portes de leurs cellules restaient ouvertes avec un gardien pour s’ occuper de chaque condamné.
Le moment venu, vers 20 h., des gardiens emmenaient séparément chaque condamné par le couloir de la cave et sa sortie (11) jusqu’à la maison de la guillotine.
Ils arrivaient dans la salle 3 (voir plan II). Là le procureur lisait la sentence. Pendant ce temps, les 2 gardiens reculaient d’un pas et étaient remplacés par les aides bourreaux. La sentence lue, deux autres gardiens écartaient la tenture noire (5) et les aides poussaient le condamné sur la guillotine. Le tout était fait en 1 minute 1/2 à 2 minutes.
Les condamnés avaient les mains dans des menottes et derrière le dos, la veste seulement jetée sur les épaules.

Les corps des suppliciés étaient immédiatement mis en terre, chacun dans un cercueil.
L’aumônier de la prison – abbé Unverhau assistait normalement à toutes les exécutions. Très corpulent, assez grand, il portait des lunettes par intermittence et parlait un peu français.
Le bourreau était celui de Magdebourg.


RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR M J. L. BELLANGER AU SUJET DU SEJOUR DE LOUIS RENARD A LA PRISON DE WOLFENBÜTTEL.




M. Jean Luc Bellanger fit la connaissance de Louis Renard à l’Infirmerie de la prison de Wolfenbüttel, trois semaines environs après son jugement et sa condamnation.
Il paraissait alors en bon état physique. Son œil de verre lui avait été enlevé dans le camp précédent. On lui lava à l’eau boriquée les paupières qui étaient collées.
Louis Renard revint à l’Infirmerie quelque temps après pour y être opéré et soigné d’un phlegmon au bras gauche - s’étendant du poignet au coude - occasionné par les menottes qui lui avaient été mises depuis qu’il était au régime des condamnés à mort.
Ce phlegmon le faisait souffrir, mais il ne se plaignait point. Les menottes lui furent enlevées et une paillasse fut placée dans sa cellule qui y demeura jusqu’au jour de son exécution.
Ses visites à l’Infirmerie, d’abord journalières, s’espacèrent ensuite à raison de 2 ou 3 par semaine.
Il fit toujours preuve d’un excellent moral, parlant avec M. Bellanger des relations qu’il avait à ANGERS.
Jusqu’au dernier jour il espéra être gracié, en raison du temps écoulé depuis la sentence.
De l’exécution de Louis Renard et de ses camarades, M. J. L. Bellanger ne sait rien de précis.
Mais la veille du jour de l’exécution, il comprit par certaines mesures qui étaient prises, que celle-ci était imminente.
Le jour de l’exécution, étant en train de se reposer à l’Infirmerie, il entendit soudain entre 16 et 17 h. s’élever du quartier des condamnés à mort, le chant de la Marseillaise.
L’aumônier de la prison, l’ abbé Unverhau qui assistait normalement aux exécutions aurait déclaré avoir vu les condamnés avant leur mort, mais ne pas avoir eu le courage de demeurer près d’eux pendant leur supplice.

Article rédigé par Sabine Renard-Darson