Quand le personnel de la "Manu"est frappé de réquisition 1942

mardi 9 décembre 2014 dans Occupation
Du 13 octobre 1942 au 15 mai 1944, la "Manu" fournit le plus fort contingent de requis du département, devenant le foyer d'une mobilisation collective inédite.

La Manu (contrat d'Henri Gemehl en allemand)

La Manu (contrat d'Henri Gemehl en français)

Quand le personnel de la Manu est frappé de réquisition

Du 23 octobre 1942 au 15 mai 1944, la Manu fournit le plus fort contingent de requis du département, devenant le foyer d’une mobilisation collective inédite.

À partir de juin 1942, la direction met en œuvre la Relève, mesure de propagande consistant à échanger un prisonnier contre trois départs volontaires en Allemagne. L’écho étant faible, elle réitère l’appel le 9 octobre 1942. Des avantages financiers seraient accordés ainsi qu’un statut spécifique aux volontaires qui disposent de trois jours pour s’inscrire. Le personnel ne se laisse pas duper par cette réquisition déguisée, inscrite dans le programme de Fritz Sauckel, le commissaire à la main d’œuvre du Reich, et couverte par la  loi de Vichy du 4 septembre 1942. Dès le 12 octobre, les jeunes de 18 à 21 ans sont placés sous étroite surveillance. La première véritable réquisition se déroule le 23 octobre où les requis doivent se rassembler à la gare à 15 heures. Un groupe de résistants intervient pour les dissuader de partir. Selon les témoignages, certains réussissent à fuir et à se cacher (environ 10 %) tandis que d’autres partent, souvent par crainte de représailles contre leur famille, en espérant profiter de la première permission pour ne pas repartir, ce que 40 % seraient parvenus à réaliser.
Puis les directives s’enchaînent, mais lorsque le 26 novembre 1942 tombe la liste de 504 requis, une vaste protestation part de l’atelier 39. Marcel Fillaud, ouvrier spécialisé dont le contrat de départ qu’il refusait a été paraphé d’autorité par le délégué à l’embauchage, s’empresse de couper le courant dans l’atelier et de rassembler dehors le maximum d’ouvriers et d’administratifs. « Nous sommes près de 2500 dans la cour et de toutes les poitrines une vibrante Marseillaise résonne » relate Éliane Devergne, actrice de l’évènement. Le directeur ne peut parler et laisse le sous-directeur Brisorgueil prendre connaissance des revendications avant de demander la dislocation de la manifestation. Résultat : le deuxième contingent de réquisitions est réduit de 30 noms et les listes de requis ne sont plus affichées, mais la répression va s’abattre sur les meneurs. Deux plaques apposées sur le site de l’actuel Musée Auto-Moto-Vélo en 1992 commémorent ces faits.
Les réquisitions se poursuivent dans le cadre de la loi du Service du travail obligatoire (STO) du 16 février 1943 ; le 31 mars un rapport allemand comptabilise 350 départs effectifs, soit le quart de l’effectif productif et près de la moitié des Châtelleraudais requis. Le STO affecte aussi les ouvrières : une liste de 104 requises est établie le 7 juin 1944 mais avec le taux record de 88 % de défections. Le nombre de déclarés « inaptes » et de réfractaires ne cesse de s’amplifier grâce à des soutiens croissants dans la Résistance et dans la population.

Marie-Claude Albert