Une famille poitevine anéantie à Oradour-sur-Glane

L'été 1944 est des plus meurtriers pour ces enfants victimes du fanatisme sans limite des SS, et de l'efficace obéissance de la Wehrmacht. Le 6 juin les Alliés débarquent en Normandie et la Résistance française applique le « Plan vert » pour retarder par des sabotages et des embuscades les convois allemands montant au front. Des mesures de représailles sont alors prises par les Allemands.

Vestiges d'Oradour-sur-Glane. Coll. L.C. Morillon

Veistiges d'Oradour-sur-Glane, rails du tram. Coll. L.C. Morillon

Ecole des filles. Illustration extraite de DESOUTEAUX, André et HEBRAS, Robert. "Oradour-sur-Glane, notre village assassiné". Ed. Chemins de la Mémoire, 2003.

Classe des filles. Illustration extraite de DESOUTEAUX, André et HEBRAS, Robert. "Oradour-sur-Glane, notre village assassiné". Ed. Chemins de la Mémoire, 2003.

En 1925 Aimé Forest est professeur de philosophie à Poitiers où il a fait ses études secondaires. La famille s'installe dans le quartier du « Plateau » le centre-ville de Poitiers à proximité du parc de Blossac. Le fils, Michel Forest, y passe son enfance. Les hasards de la vie et les circonstances difficiles de la guerre conduisent la famille (les parents et leurs cinq enfants) à se réfugier en mars 1944 à Laplaud sur la commune d'Oradour-sur-Glane à proximité des parents de Michel Forest et de sa tante Jeanne Forest, la sœur d'Aimé Forest mariée à Léonard Rousseau tous les deux instituteurs à l'école de garçons d'Oradour.

Ce 10 juin 1944, des éléments de la 2ème SS-Panzer Division « Das Reich » commandée par le général Heinz Lammerding, spécialisé dans l'extermination des populations en URSS, arrivent à Oradour-sur-Glane. La veille, ses hommes se sont déjà illustrés par la pendaison de 99 habitants aux réverbères et balcons de la ville de Tulle.
Le village d'Oradour est encerclé par les SS du 1er bataillon du 4ème régiment « Der Führer » commandé par Adolph Diekmann pour éviter à quiconque d'en sortir. Les SS placidement, afin de ne pas susciter la méfiance des villageois, les rassemblent sur le champ de foire. Les enfants des écoles filles et garçons sont tous là ce jour-là, car ils doivent satisfaire à une visite médicale. L’école primaire de garçons comporte plusieurs sections. Les deux classes de l'école primaire de garçons dont monsieur Léonard Rousseau est directeur sont situées en face de la gare de tramways, son épouse, Jeanne Forest donc, est son adjointe. Les trois classes de l'école de filles sont dirigées par madame Andrée Binet, en congé de maladie ce jour-là et remplacée par madame Odette Couty. Les deux autres institutrices sont madame Denise Bardet et madame Raymonde Vincent. Mais une sixième classe dite « Lorraine » composée d'enfants de réfugiés lorrains et mosellans est confiée à un maître lorrain monsieur Fernand Gougeon. Les enfants accompagnés de leurs enseignants sont alors dirigés par les SS vers la place du champ de foire pour rejoindre les autres villageois. Ce 10 juin, Michel Forest et son jeune frère Dominique âgé de six ans et demi sont venus en visite chez leur grand-père monsieur Amand Claveau.

Robert Hébras[1] relate « Déjà de nombreux habitants d'Oradour y étaient rassemblés cependant que de tous côtés affluaient encore hommes et femmes, puis des enfants des écoles qui arrivèrent séparément. Les Allemands nous divisèrent en deux groupes : d'un côté les femmes et les enfants, de l'autre les hommes. Le premier groupe dont je faisais partie fut conduit par des soldats armés jusqu'à l'église. Il comprenait toutes les femmes de la ville en particulier les mamans qui entrèrent dans le lieu saint en portant leurs bébés dans les bras ou en les poussant dans leurs petites voitures. Il y avait là également tous les enfants des écoles. »

Michel Forest et son grand-père sont dirigés avec les autres hommes vers des granges différentes dont la grange Laudy sur lesquelles des mitrailleuses sont pointées. Une grenade explose. C'est le signal qui déclenche le massacre général. Les hommes sont mitraillés, achevés par le coup de grâce et brûlés dans les granges remplies préalablement de paille. Dans l'église, le petit Dominique Forest va connaître l'horreur avec les femmes et les autres enfants. À demi asphyxiés par l'incendie provoqué par les nervis de la « Das Reich », femmes et enfants se ruent vers la sacristie dont ils parviennent à enfoncer la porte. Attendus par les SS ils sont mitraillés. Les cadavres et certainement des blessés sont recouverts de paille, de fagots, de chaises pour en activer le feu.

Extraits de « Oradour le verdict final » : « Aimé Forest avait passé la journée à Limoges avec trois de ses cinq enfants. Le soir ils prirent un tram qui devait arriver à 19 heures à Oradour mais le départ fut un peu retardé... A six kilomètres du village ils aperçurent l'épaisse colonne de fumée qui en montait. Forest et ses enfants descendirent du tram à Laplaud, soit deux kilomètres avant l'arrêt d'Oradour. Là il trouva sa femme qui lui dit que leurs fils étaient allés rendre visite à leur grand-père à Oradour et qu'ils n'étaient toujours pas revenus. Aimé Forest partit immédiatement à pied vers le village. Il rattrapa le tram au sommet de la colline à Puy Gaillard, dernier arrêt avant Oradour... Il s'approcha de deux soldats qui montaient la garde et s'adressa à eux en allemand. L’un d'eux lui répondit que les enfants avaient tous étaient emmenés hors du village et qu'il ne leur avait été fait aucun mal. ».

De ce massacre dont est victime la famille Forest avec les 642 habitants d'Oradour-sur-Glane, seuls 5 hommes, une femme et un enfant de la classe Lorraine, le jeune Roger Godfrin, ont pu échapper à cette tuerie. Les 207 enfants dont ceux des six classes du village ont donc été massacrés dans ces conditions effroyables sans aucune compassion.
Le lendemain les SS reviendront détruire les maisons après les avoir pillées et tenter d’effacer les traces de leur forfait en rendant les cadavres inidentifiables avant de les enterrer.

Adolph Diekmann sera tué en Normandie le 29 juin 1944.
Lammerding sera condamné à mort par contumace lors du procès de Bordeaux en 1951 pour les pendaisons de Tulle. Mais les Anglais n'acceptent pas de l'extrader. En 1953, il ne se rend pas davantage au procès de Bordeaux concernant Oradour-sur-Glane.
Il se réfugie temporairement au Schleswig-Holstein avant de regagner Düsseldorf où il vit en toute quiétude à la tête d'une entreprise des plus prospères. Il meurt en 1971.

Rédigé par Louis-Charles Morillon

Sources

[1] In p 24 HEBRAS, Robert. Oradour-sur-Glane, le drame heure par heure. Ed. Chemins de la Mémoire, 2003.

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/article184469, notice Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), 10 juin 1944 par Dominique Tantin, version mise en ligne le 30 août 2016, dernière modification le 19 mai 2019.

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/ article184736, notice BARDET Denise, Suzanne par Dominique Tantin, Michel Thébault, version mise en ligne le 2 septembre 2016, dernière modification le 11 février 2018.

Extraits : HAWES, Douglas W. Oradour le verdict final. Paris, éd. Seuil, 2014.