L’occupation dans le département

mardi 2 mars 2004 dans Situation départementale
Après la « drôle de guerre » et la débâcle de mai 1940, le département de la Vienne se trouve soumis à la déroute gouvernementale puis à l’occupation des troupes allemandes.

source : Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives

Source : Occupation, Résistance et Libération dans la Vienne, Geste Editions, 2000 de Jean-Henri Calmon

La Vienne constitue en effet un département stratégique, sur le trajet des pérégrinations gouvernementales à partir du 10 juin 1940, qui de Tours se dirigent vers Bordeaux. La ville de Poitiers doit en outre héberger le gouvernement belge en exil du fait de la violation de son territoire en mai 1940 par les forces hitlériennes. Cette fonction d’accueil du département était devenue une tradition puisque des milliers de réfugiés espagnols, alsaciens, mosellans s’y trouvaient abrités depuis septembre 1939.

Le 19 juin , la région poitevine qui jusque là n’avait connu des horreurs de la guerre que les longs cortèges de réfugiés, est bombardée. On dénombre 131 victimes, et parmi elles, des vieillards et des enfants.

Les 23 et 24 juin 1940, les deux principales villes - Châtellerault et Poitiers- voient pénétrer dans leurs enceintes des milliers de soldats allemands ( 3000 à Châtellerault par exemple) et se trouvent sous le joug de l’autorité occupante, la Feldkommandantur 677 dirigée au départ par le Kommandant Von Alemann. Les responsables locaux évitent tout combat en déclarant leur cité « ville ouverte », pour protéger la population. Les troupes d’occupation investissent l’ensemble des lieux publics, à commencer par l’hôtel de ville où flotte désormais le drapeau à croix gammée. Certaines usines stratégiques comme la manufacture nationale d’armes de Châtellerault sont réquisitionnées et dirigées par la hiérarchie militaire ennemie.

De plus, du fait de l’armistice du 22 juin 1940, le département est coupé en deux par la ligne de démarcation, d’où sa fonction de transit entre zone sud et zone nord et le renforcement des contrôles.

Durant quatre années, les habitants subissent le rationnement, les réquisitions, la pénurie, dans les villes plus que dans les campagnes. La vie n’est pas facile et les dérives vont bon train : délation, marché noir... Les semaines de travail sont longues : 60 heures pour les cheminots. Chacun s’affaire à gérer l’urgence du quotidien, tâche plus lourde pour les femmes seules dont l’époux se trouve prisonnier dans quelque Stalag ou Oflag du Reich. Les libertés sont compromises, les humiliations nombreuses pour les récalcitrants, les sanctions de plus en plus lourdes.

Une situation d’autant plus difficile à supporter qu’aux ordonnances allemandes s’ajoutent les effets de la propagande du régime de Vichy qui tend à exclure les « indésirables », étrangers, Juifs, Tziganes . Les arrestations se multiplient : à Châtellerault, la première vague sévit le 17 juin 1941 à l’encontre de communistes. Ces « indésirables » subissent l’emprisonnement à La Pierre Levée à Poitiers ou l’internement dans divers types de camps tels celui de Rouillé, le camp de la route de Limoges à Poitiers, et certains camps dits « spéciaux » pour les étrangers. Autant de tremplins sordides vers les lieux de déportation du Reich, les camps de concentration et d’extermination nazis. Selon l’historien Paul Lévy, plus de 1600 Juifs de la région parmi lesquels 502 enfants, seront acheminés vers Drancy puis exterminés à Auschwitz. Du camp de Poitiers, plus de 100 Tziganes sont également déportés vers les camps de Buchenwald et Sachsenhausen.

C’est surtout à partir de 1943 que la situation se durcit, au moment de la création de la Milice de Darnand par le décret de mars 1943. Le département de la Vienne n’est pas épargné par ses exactions comme le prouve le drame du Porteau. L’étau se resserre aussi du fait du décret du 13 février 1943 instituant le S.T.O. ou Service du travail Obligatoire. Plusieurs vagues de travailleurs sont contraints au départ pour l’Allemagne, mais, au début de 1944, le nombre de réfractaires s’amplifie et certains vont renforcer les rangs des maquis locaux.

Les occupants en déroute, quittent les places fortes de la Vienne à partir du 25 Août 1944, non sans avoir pratiqué quelques dernières fusillades d’otages ; le 5 septembre 1944 , les premiers maquisards F.F.I pénètrent dans les villes en partie désertées. Le drapeau tricolore supplante la croix gammée et la foule en liesse acclame les libérateurs. Les Résistants constituent des comités locaux de Libération sous l’égide du Comité départemental (C.D.L) chargés de gérer l’épuration, la libération des prisonniers, le lent retour à la normale et, plus tard, en avril 1945, le retour des quelques rescapés des camps.