Imprimer cet article

Imprimer cet article

La résistance dans la Vienne

jeudi 4 janvier 2007 mis en ligne par l’équipe VRID.

1940, la France est envahie, humiliée, coupée en deux dans un premier temps, avant d’être totalement occupée et connaître pendant quatre années l’enfer que le nazisme traînait dans ses convois triomphants.
Mais, très rapidement allait, répondant à l’appel venu de Londres, lancé par le Général de Gaulle, le 18 juin 1940, naître la Résistance et son esprit, qui fut d’abord un regard, une interrogation, avant de devenir une exigence et une lumière.
Sur les 90 départements français de l’époque, la Vienne figure parmi les tous premiers où est né cet esprit de Résistance. Le 31 Août 1940, un avoué Poitevin, Louis Renard fait parvenir au chef des Forces Françaises Libres , le Général de Gaulle, une lettre dans laquelle il écrit : « Je veux que vous sachiez que vous représentez pour la plupart de nous , le seul espoir de libération du Pays. Malheureusement, nous avons le sentiment de notre impuissance à vous aider. Nous le faisons bien dans la mesure du possible en conservant notre dignité de Français et en ne nous cachant pas de nos sentiments même en public, quelque soit les oreilles qui nous écoutent, mais ce n’est pas suffisant.
Je vois quantité de jeunes gens qui ne demandent qu’une chose, c’est de partir. Je puis vous assurer, qu’il y a beaucoup d’officiers, de soldats dans ce cas-là.
Quels moyens aurons-nous au printemps prochain de participer à la lutte, soit en allant en Angleterre, soit en Afrique du Nord. Quels moyens aurons-nous de vous y rejoindre ? Je suis en zone occupée, par conséquent, il est impossible d’écrire directement d’ici, mais la personne qui vous fait parvenir cette lettre, pourra servir d’intermédiaire. » Ce fut le premier lien crée entre la Résistance naissante et la France Libre que cette première missive. En quelque sorte, le premier contrat signé dans la Vienne, entre ceux qui allaient porter nos trois couleurs à la Croix de Lorraine, aux côtés de nos alliés, sur tous les champs de bataille de la seconde guerre mondiale, et celles et ceux qui allaient devenir le Peuple de l’Ombre et donner le meilleur d’eux-mêmes.

Au fil des jours, des semaines, des mois et des années, allait grandir dans la Vienne la Résistance.
A l’extérieur, au côté des Français Libres, 4 compagnons de la Libération, parmi les tous premiers à avoir rejoint le Général de Gaulle : le Général de Corps d’armée Renaud Marie de Corta, le Montmorillonnais Bernard Haren, le Docteur Paul Guillon, héros de Bir-Hakeim, le Commandant Jean PierreTuslane de Normandie, tous ayant de profondes attaches familiales avec la terre poitevine.

A l’intérieur, les hommes des réseaux et des maquis payèrent un lourd tribut à leur foi dans la Patrie.
Ces quelques chiffres illustrent parfaitement l’importance du sacrifice consenti par ceux que l’on nomma dans le langage populaire, sans faire de distinction politique ou religieuse : les Patriotes. Ils ont dans la mémoire collective une place à part.
190 fusillés, 515 déportés dont 95 femmes et 18 enfants, 11.548 hommes encadrés de 362 officiers mobilisés dans les Forces Françaises Combattantes et les Maquis. De mai à août 1944, il y eut sur la Vienne 125 opérations aériennes alliées et 3.326 containers parachutés auxquels s’ajoutent 1009 paquets qui permirent l’armement léger de plus de 6000 hommes. Tel est le bilan de la Vienne, dans cette vaste et magnifique épopée que fut la Résistance, avec ces hommes et ces femmes, ces lieux de combat devenus lieux d’Histoire, car il y a dans l’histoire des hommes , des dates, des événements, des lieux, qui leur laissent à jamais leur empreinte, imposant le respect. Bien vite, les faits eux-mêmes s’effacent, s’estompent, s’oublient. La mémoire collective l’emporte sur l’histoire, les noms deviennent des symboles, ils passent en mythe fascinant de ce qui ne change jamais.

Comment ne pas se souvenir du premier acte de résistance accompli dans la Vienne dans la gare de Poitiers par deux cheminots ? C’était en juin 1940 : Roger Berger et Georges Jardinier, chef et sous- chef de gare firent passer en zone libre, armes, munitions et vivres par wagons entiers, en maquillant les papiers de destinations. Arrêtés, ils furent traduits devant le tribunal allemand qui les condamna, Roger Berger à mort, puis sa peine fut commuée en réclusion à vie, Georges Jardinier à dix ans de travaux forcés. Ils avaient ouvert la voie de la lutte contre l’occupant, au service d’un même idéal : la Liberté. Au fil des années, ils allaient être suivis.

Car, dès l’été 1940, les sabotages commencèrent sur les voies ferrées, sur les lignes téléphoniques, tandis que se mettaient en place des filières permettant aux prisonniers évadés, aux Juifs, aux aviateurs anglais dont l’appareil avait été abattu, de rejoindre la zone non occupée, puis l’Afrique du Nord, l’Angleterre, la France Libre. En août 1940, à Montmorillon, Vallée et Dupont déposaient une gerbe au Monument aux Morts, bravant le gouvernement de Vichy, gerbe portant cette inscription : <<Aux vaillants soldats, qui avec le Général de Gaulle, notre chef légitime, luttent>>. Le 11 novembre suivant, c’étaient à Châtellerault, le père et le fils Mathysinski qui renouvelaient le même geste, avant de rejoindre le réseau Marie-Odile.

Dès 1940, un service de renseignement de l’Armée de l’Air SR 40 opéra dans la Vienne ; son correspondant était Françoic Eygun, conservateur de la bibliothèque de la ville de Poitiers et directeur des antiquités ; il fut chargé de la transmission des plis, des messages oraux et des plans, notamment ceux des aérodromes et des fortifications du mur de l’Atlantique dans le Calvados et la Manche. M.Eygun était aidé dans sa tâche pr son beau-frère M. De Frémont de la Merveillère, qui habitait le Château de Réau.

CND Castille, le réseau mis en place par le colonel Rémy, recruta deux médecins travaillant ensemble à l’Hôpital de Thouars, le Docteur Chauvenet(arrêté en 1942 et déporté), chirurgien, et le Docteur André Colas, radiologue à Loudun. Ce dernier participa aux émissions d’Anquetil, le radio du Colonel Rémy, à partir de son cabinet de radiologie de Thouars, de celui de Loudun, ou de l’habitation de sa mère à Saint-Léger de Montbrillais. Il constitua une équipe de parachutage, qui devait recevoir les 5 juillet et 15 octobre 1941 du matériel radio et de l’armement à la butte de Tourtenay en bordure de la Vienne. Dès la défaite, les docteurs Colas et Chauvenet étaient entrés en Résistance.

Ainsi, dès 1940, La Vienne entra dans la lutte. La Résistance n’était point organisée, mais, déjà présente. Ses premiers chefs de file, qui, pour la plupart payèrent de leur vie leur amour de la Liberté, montraient la voie à suivre. Ils furent entendus.

Texte rédigé par Roland Barrat

Imprimer cet article - Ajouter un commentaire

Rubriques : Résistance
Rechercher sur le site
 
Réalisation LrCOMedia     Copyright 2006 - VRID - association loi 1901
Association | Occupation | Résistance | Internement | Déportation | Libération | Lieux de mémoire | Concours | Plan du site | Contact | Documentation | Liens | Actualités | Mentions légales Firefox